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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Il n’est pas courant qu’un film d’animation «grand public» parvienne à rejoindre tout à la fois les enfants, les adultes et, parmi ceux-là, les vrais esthètes. Car il existe un public exigeant, connaisseur, qui sait faire la différence entre un Shrek et un Persepolis, ou entre un Space Chimps et un Wall-E. Ce Mary and Max n’a rien d’une oeuvre expérimentale destinée exclusivement aux initiés, mais ce film fait le pont entre l’art, la poésie, la fable et le pur divertissement.
Une fillette désoeuvrée, Mary, habitant le bout du bout du monde (un petit village d’Australie), laideronne, boulotte et renfrognée, cherche un ami, n’importe qui. Seule avec des parents incompétents, la petite Mary espère trouver compréhension et réconfort chez «quelqu’un» en fouillant au hasard dans le bottin blanc. Ce «quelqu’un», ce sera Max, un juif de New York, vieillissant (et athée), éternel célibataire rendu misanthrope, d’une grande intelligence mais lui aussi abandonné parce que maladroit en société. Un vieux schnock, quoi.
Après correspondances postales répétées, la petite Mary et le bonhomme aigri se lieront d’une amitié sincère, pudique et profonde, s’échangeant par lettres les hauts et les bas de leurs existences sans éclat. Ces deux esseulés, que tout oppose sinon la solitude, l’impression de ne pas être de ce monde, et le goût des sucreries (Max se cuisine d’étranges hot-dogs au chocolat) vont par miracle se rencontrer dans cette très belle et touchante histoire d’amitié.
Réalisé avec intelligence et tact par l’australien Adam Elliot (et avec les voix de Toni Collette, Philip Seymour Hoffman et Eric Bana) ce petit conte épistolaire, souvent caustique mais aussi comique et chaleureux, d’une ironie douce et mélancolique, parfois amère mais sans vitriol, est à classer parmi les grands films d’animation destinés à tout le monde, mineur, majeur (et idéalement vacciné.) Chacun est libre d’en visiter les pistes de réflexion qu’il y trouvera, et le seul spectacle est visuellement extraordinaire qui nous change des trucs tape à l’oeil issus des grands studios. Un autre film qui parle d’exclusion et de marginalité, mais d’une manière si élégante et si brillante qu’il va bien au-delà de la morale bonbon et de la plate leçon d’espoir.
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MARY AND MAX
Film d’animation de Adam Eliot. Avec les voix de Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Éric Bana. 80 minutes
Une fillette esseulée, perdue avec des parents ennuyeux aux confins de l’Australie, se lie d’amitié par correspondance avec un vieux bougon de New York.
Très beau film sur les bons côtés et les mauvais plis de la solitude.