Le jeudi 12 novembre 2009
Pirate Radio : battant pavillon rock anglais
La Presse
Même si le postulat semble aujourd’hui complètement loufoque, la nouvelle comédie de Richard Curtis prend ancrage dans un véritable chapitre de l’histoire de la musique pop britannique. Puisant dans ses souvenirs, l’auteur cinéaste, à qui l’on doit notamment le scénario de 4 Weddings and a Funeral, a campé le récit de Pirate Radio au milieu des années 60. À cette époque, la radio publique britannique ne diffusait que quelques minutes de musique rock par semaine dans sa programmation. Pour contourner les lois du gouvernement, des «radios pirates» sont nées, la plupart atteignant le territoire anglais depuis des postes de diffusion situés à l’extérieur du territoire.
Dans son film, Curtis s’attarde ainsi à décrire le climat d’euphorie régnant à l’intérieur de l’une des plus célèbres radios du genre, laquelle diffusait depuis un navire naviguant sur la mer du Nord.
À travers le regard d’un tout jeune homme (Tom Sturridge), venu rendre visite à son oncle, propriétaire du bateau (Bill Nighy), le spectateur est ainsi appelé à découvrir un monde en pleine ébullition. Comme il l’avait fait avec Love Actually, son film précédent, Curtis propose ici une galerie de personnages savoureux, campés avec brio par quelques-uns des plus illustres représentants du cinéma comique anglais. Une saine rivalité oppose d’ailleurs le seul DJ américain (interprété par Philip Seymour Hoffman) à la star de la station (Rhys Ifans).
Les vraies stars de Pirate Radio ne sont toutefois pas les acteurs. Elles ont pour nom The Kinks, les Rolling Stones, The Who, Van Morrisson, David Bowie, Otis Redding et autres Supremes. Curtis leur donne leur juste part en faisant écho à l’énergie de leur musique, tout autant qu’à leur impact social. Les 25 millions de jeunes auditeurs anglais, qui écoutaient la radio clandestinement dans leur chambre, avaient ainsi un peu l’impression de transgresser l’interdit et de s’affranchir de l’autorité parentale. Quoi de plus délicieux?
L’aspect musical vient ainsi à la rescousse d’un récit somme toute sympathique, mais quand même convenu. D’autant que la version nord-américaine, expurgée d’une vingtaine de minutes par rapport à celle qui fut présentée aux Britanniques et aux Français, comporte parfois des coups de ciseaux apparents.
Ayant un sens choral, Richard Curtis orchestre sa mise en scène en maintenant l’équilibre d’un personnage à l’autre. Il intègre aussi au récit un antagonisme de bon aloi, ici incarné par les politiques d’un gouvernement ultra conservateur. Kenneth Branagh est d’ailleurs hilarant dans la peau d’un ministre ayant juré la mort de Radio Rock.
Surtout, Pirate Radio nous replonge dans l’effervescence d’une époque unique dans l’histoire de la musique rock. Et sent bon le vinyle.
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PIRATE RADIO
Comédie réalisée par Richard Curtis. Avec Philip Seymour Hoffman, Bill Nighy, Rhys Ifans, Nick Frost. 1h58.
Dans les années 60, des disc-jockeys diffusent leurs émissions de rock and roll depuis un bateau au large des côtes afin de défier le gouvernement britannique.
Un récit sympathique pour une musique d’enfer.