Le jeudi 12 novembre 2009
L'armée du crime : le rouge au coeur
La Presse
Une fois passée la surprise de voir Robert Guédiguian s’adonner au film historique, on note que la démarche entreprise par le réalisateur marseillais reste très cohérente sur le plan idéologique. Un peu dans la même veine qu’Indigènes, qui honorait la mémoire de soldats français d’origine maghrébine, L’armée du crime relate le parcours de résistants communistes de diverses origines. À la tête de ce groupe formé de juifs et d’étrangers, un ouvrier-poète arménien, Missak Manouchian. Leur destin sera tragique. Leurs noms et photos finiront placardés en exemple sur une affiche rouge par les nazis, lesquels auront surnommé le groupe «l’armée du crime».
Sympathisant communiste convaincu, Guédiguian décrit le parcours du clan depuis le tout début, soit à partir du moment où de jeunes individus indignés commencent à orchestrer leur résistance. Et se regroupent autour de Manouchian (remarquable Simon Abkarian). L’auteur cinéaste prend soin d’installer chaque personnage dans sa vie quotidienne, histoire de bien faire écho à leurs motivations.
De facture très classique, le film de Guédiguian met du temps à entrer dans le coeur du sujet. Le cinéaste parvient toutefois à bien évoquer le dilemme intérieur auquel le leader du groupe, pacifiste de nature et adepte de la non-violence, doit faire face.
De même, les résonances avec les questions contemporaines sur la notion d’identité nationale sont évidentes. Guédiguian se sert ainsi d’un épisode du passé pour mieux parler du présent.
Parsemé de scènes fortes, L’armée du crime n’est pas un film fulgurant, mais il trace subrepticement son chemin pour atteindre une grande puissance émotionnelle. Un humanisme indéfectible traversant le cinéma de Guédiguian depuis toujours, on ne s’étonnera pas de voir ce dernier rester fidèle à sa nature profonde.
Bien appuyé par des interprètes inspirés (mentions aussi à Robinson Stévenin et Grégoire Leprince-Ringuet), L’armée du crime constitue avant tout un devoir de mémoire, lequel reste encore aujourd’hui riche d’enseignement.
Il reste que le cinéaste fait tellement corps avec son sujet qu’il a du mal à prendre un peu de recul. Le portrait relève parfois de l’hagiographie, mais il est éminemment sincère.
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L'ARMÉE DU CRIME
Drame historique réalisé par Robert Guédiguian. Avec Simon Abkarian, Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin. 2h19.
Dans Paris occupé par les Allemands, l’ouvrier poète Missak Manouchian prend la tête d’un groupe constitué de juifs et d’étrangers, déterminés à combattre pour libérer la France.
Un devoir de mémoire nécessaire. Le portrait, sincère, frôle toutefois l’hagiographie.