Le Soleil
Québec
Le système judiciaire passe un mauvais quart d'heure dans le thriller Un honnête citoyen (v.f. de Law Abiding Citizen). Quand la colère d'un homme ordinaire, ingénieux dans sa soif de vengeance, se retourne contre les avocats et les juges, coupables selon lui de conspiration avec les criminels, ce n'est pas beau à voir.
C'est le cas de Clyde Shelton (Gerard Butler), un ingénieur révolté de l'entente conclue entre un ambitieux procureur de Philadelphie, Nick Rice (Jamie Foxx), et le meurtrier de sa femme et de sa fillette. Plutôt que la prison à vie, le responsable du massacre pourra ainsi recouvrir sa liberté après 10 ans.
Dix ans, c'est le temps que prendra Shelton pour fomenter une vengeance machiavélique contre Rice et sa garde rapprochée. Disons que le type est de cette race de gens qui nourrissent longtemps la rancune. Il fera d'abord la peau à l'assassin de sa famille, à sa sortie de prison, avant de se retrouver lui-même à l'ombre.
Mais son plan ne s'arrêtera pas là. Il a eu 10 ans pour penser à son affaire, ne l'oublions pas...
Le film de F. Gary Gray (Boulot à l'italienne) joue à fond la carte de la démagogie, dans la foulée du désabusement populaire face aux sentences trop clémentes des tribunaux. En cela, le personnage de Shelton devient le dépositaire de tous les fantasmes de vengeance du bon peuple. La bonne vieille loi du talion poussée dans ses derniers retranchements.
Mettant de côté toute subtilité ou remise en question, Gray combat le feu par le feu, n'hésitant pas à faire passer son «honnête citoyen» pour un redresseur de torts capable des pires atrocités. Découper à froid à la scie un truand, par exemple, qu'il aura pris soin de paralyser afin qu'il savoure sa souffrance jusqu'au bout...
À titre de prisonnier, Shelton joue le jeu du criminel à fond, n'hésitant pas à réclamer, en échange de renseignements cruciaux sur ses prochaines attaques, quelques privilèges dont jouissent les criminels qui se jouent du système judiciaire. Comme demander un matelas moelleux ou un repas cinq étoiles.
Or, malgré tous ses gestes démentiels et ses réclamations de mauvaise foi, on éprouve du mal à le détester. Il demeure le bon mari et le bon père de famille affligé par la perte des siens. S'il tue, c'est par amour pour les disparus. S'il réclame des petites douceurs en taule, c'est pour faire la preuve par l'absurde d'un système qui se préoccupe davantage des criminels que des victimes.
Un honnête citoyen pose de bonnes questions sur l'état de notre justice, mais son approche est tellement tordue et insidieuse qu'elle en devient risible. Sans oublier qu'il faut la foi du charbonnier pour croire à la façon dont l'antihéros parvient à fomenter sa vengeance diabolique depuis le fond de sa cellule. Pousse, mais pousse égal...
Morale américaine oblige, il ne pouvait y avoir de happy end pour Shelton. Le «bon» règle le cas du «semi-méchant» dans une finale à la symbolique grossière. À l'image de tout le film, quoi.
Au générique
Cote : **
Titre : Un honnête citoyen (Law Abiding Citizen)
Genre : thriller policier
Réalisateur : F. Gary Gray
Acteurs : Gerard Butler, Jamie Foxx, Colm Meaney, Bruce McGill, Leslie Bibb, Michael Irby, Regina Hall, Annie Corley et Viola Davis
Salles : Cinéplex Sainte-Foy, Cinéplex Beauport, Place Charest, Des Chutes et Lido
Classement : 13 ans (violence)
Durée : 1h48
On aime : le jeu honnête de Butler et de Foxx
On n'aime pas : le scénario aux grosses ficelles, les scènes sanglantes, les invraisemblances, la morale tordue