Le jeudi 15 octobre 2009
A Serious Man : retour d’enfance…
La Presse
Ça commence avec un long prologue en yiddish. La scène est campée en Pologne au siècle dernier. Une famille juive discute d’une malédiction. Pendant le reste du film, on cherchera à établir des liens avec cette parabole pour finalement découvrir que celle-ci n’a strictement rien à voir avec rien. Ou si peu…
Voilà le genre d’exercice qui rend le cinéma des frères Coen si intéressant. A Serious Man se distingue d’ailleurs nettement des plus récents films du célèbre tandem. Non seulement ne compte-t-il aucune star dans ses rangs, mais il est clair qu’en rentrant chez eux, au Minnesota, les frangins ont largement été inspirés par leurs souvenirs d’enfance. Ils les recrachent aujourd’hui de leur façon singulière, en distillant toujours leur humour souterrain – qui fait mouche sans en avoir l’air – mais en tirant aussi de leur histoire inventée une émotion tangible.
Plongée au coeur d’une famille juive dans une banlieue anonyme du Midwest en 1967. Au son d’un classique de Jefferson Airplane, le récit nous entraîne dans la vie des Gopnik, une famille ordinaire dont l’intégrité est pourtant compromise.
Alors qu’on s’apprête à célébrer la Bar Mitzvah du jeune fils (Aaron Wolff), la mère (Sari Lennick) annonce à son mari Larry, prof à l’université, qu’elle s’apprête à le mettre à la porte afin que son amant puisse venir habiter avec elle à la maison. Elle demande aussi un gett (un divorce accepté par les autorités religieuses permettant à ceux qui l’obtiennent de pouvoir se remarier). À cela s’ajoute les problèmes de discipline de son fils, la cleptomanie de sa fille, les déboires d’un frère sans emploi qu’on héberge en désespoir de cause (Richard Kind), et vous avez là un cocktail plutôt explosif. Ou, à tout le moins, des éléments qui peuvent mettre votre foi à rude épreuve.
C’est probablement la raison pour laquelle Larry (remarquable Michael Stuhlbarg) tente de trouver réconfort auprès de rabbins qui, tous, se révèlent complètement indifférents à sa peine.
A Serious Man n’a rien de spectaculaire. À cet égard, il serait étonnant que le film s’inscrive de façon vraiment marquante dans l’esprit d’un large public, comme l’ont fait précédemment Fargo ou No Country for Old Men. En revanche, les admirateurs du cinéma des frères Coen retrouveront – en plus feutré – des qualités d’écriture et de mise en scène exceptionnelles.
Malgré les situations parfois absurdes avec lesquelles le héros doit composer, il émane en effet de l’ensemble de profonds accents de vérité. Qu’on retrouve ici mêlés à un sentiment de nostalgie propre à l’enfance, de même qu’à une gravité inhérente au monde adulte. Avec l’humour en prime.
Notez que A Serious Man prend l’affiche en version originale anglaise seulement.
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***1/2
A SERIOUS MAN
Comédie dramatique réalisée par Ethan et Joel Coen. Avec Michael Stuhlbarg, Richard Kind, Fred Melamed, Sari Lenninck. 1h44.
En 1967 au Minnesota, un prof d'université juif, aux prises avec divers problèmes d'ordre familiaux, tente de demander conseil à des rabbins.
Moins spectaculaire, mais tout aussi typique du cinéma des frères Coen.