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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Oui, un autre film qui parle du désir, de cette attirance sous-entendue, de cette troublante tension qui, à tout moment, deviendrait passion, mais qui n’explosera pas, sinon ce ne serait plus du désir. Des milliers de drames sentimentaux et de comédies romantiques ont abordé ce délicat sujet, et la plupart de ces films aboutissent à des scènes érotiques (désir consommé) ou par un mariage (désir obligé.) L’immense mérite de cette très belle oeuvre de la canadienne Ruba Nadda est l’évitement : pas de sexe, pas de drame, pas d’adultère, pas de rupture, pas de mari jaloux.
Juliette, la quarantaine, journaliste pour un magazine branché, doit rejoindre son mari, représentant des Nations Unies, en Égypte. Occupé par des affaires pressantes, l’époux sera en retard au rendez-vous. Un long retard de quelques semaines. Laissée à elle-même au Caire, en vue d’écrire quelque article ou chronique, Juliette, mère besogneuse typiquement occidentale, sera accompagnée dans ses pérégrinations, et par soucis de sécurité, d’un bon ami de son mari, Tareq. Gentleman affable et serviable, Tareq se liera d’une amitié sincère avec Juliette, et les deux deviendront vite intimes, sans aller jusqu’à la couchette. Leur «liaison» se résumera à quelques conversations et quelques échanges de regards équivoques, le tout soldé par un tout petit baiser maladroit.
Personnage fascinant et ambigu, admirablement interprété par Patricia Clarckson, Juliette est une bourgeoise habituée au confort, ravissante mais vieillissante et désillusionnée. Ce flirt avec Tareq (Alexander Siddig) lui redonnera des couleurs et l’envie de séduire, isolée avec un homme charmant dans cette ville étrange, à la fois magnifique et dégradée.
Ruba Nadda propose, en plus de cette délicate intrigue sentimentale, une sorte de diaporama hétéroclite du Caire, avec inévitables plans sur les pyramides, scènes dans les hôtels chics et autres pièges à touristes, mais on s’égare aussi dans les rues ordinaires de cette cité bigarrée où grouille la populace. Cairo Time est raffiné, subtil, sans excès de sensiblerie, sans élans de romantisme, même si on y verserait une petite larme en toute fin, alors que Juliette doit quitter Tareq, sachant qu’elle ne le reverra jamais.
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***1/2
CAIRO TIME
Drame sentimental de Ruba Nadda. Avec Patricia Clarckson, Alexander Siddig, Tom McCamus
Voulant rejoindre son mari au Caire, une journaliste dans la quarantaine s'y trouve seule. Elle fera la rencontre d'un autre homme, sorte de valet, qui fera vibrer son coeur endormi.
Très belle histoire d'un amour impossible et inconsommable au coeur d'une ville autrefois grandiose, à la fois fourmillante, festive et fissurée.