Le jeudi 8 octobre 2009
5150 rue des Ormes : sous tension
La Presse
Éric Tessier ne perd pas de temps. Il sait comment installer d'entrée de jeu un climat anxiogène duquel le spectateur aura bien du mal à se départir.
Portant à l'écran le tout premier roman de Patrick Sénécal, le réalisateur de Sur le seuil prend visiblement plaisir à explorer des avenues peu souvent empruntées dans le cinéma québécois. Même si certains écueils viennent parfois ponctuer son film, Tessier se tire honorablement d'un exercice extrêmement périlleux.
Un jeune homme, la tête pleine de rêves de cinéma. Le jour où Yannick apprend qu'il est admis dans une école, c'est l'euphorie. Il peut y voir une occasion d'affranchissement de sa famille aussi, au sein de laquelle règne une lourdeur tangible, due à l'intransigeance du père. Une balade en vélo dans un quartier de banlieue. Un chat sur la route. En tentant de l'éviter, Yannick fait une vilaine chute. Des éraflures un peu sanglantes. Il cherche de l'aide pour téléphoner, son portable étant en miettes. Sonne à la porte de la maison la plus proche. Où habite la famille Beaulieu.
Des cris et des sanglots à l'étage. Yannick monte...
Quelques minutes à peine se sont écoulées et le récit atteint déjà son fort degré de tension. C'est que le jeune homme est tombé dans une famille de fous, menée par un type obsédé par l'idée du combat entre le bien et le mal. Aussi cet homme (Normand d'Amour) n'hésite-t-il pas à imposer sa propre justice personnelle à ceux qu'il estime être des «non justes». Forcément, la folie de cet hystérique du bon droit déteint sur ses proches. Sa femme (Sonia Vachon) se réfugie dans les bondieuseries et se soumet aveuglément à son mari. Leur aînée (Mylène St-Sauveur) est saisie de pulsions violentes compulsives. La cadette, âgée de sept ans, ne dit mot mais ses silences n'en sont pas moins inquiétants.
Comment échapper à cet enfer? Séquestré pendant plusieurs semaines, Yannick (Marc-André Grondin) devra user de stratégie mentale, son geôlier étant aussi un grand joueur d'échecs...
Au-delà des éléments de suspense et des scènes frissonnantes - parfois drôles - ponctuant le récit, 5150 rue des Ormes distille une approche plus fine que celle habituellement empruntée par les films du même genre. La joute psychologique prend ici le pas sur l'aspect «gore» attendu.
Évidemment, les éléments horrifiants d'une histoire aussi sordide, qui font le prix d'un roman d'épouvante, deviennent autant d'éléments casse-gueule dès qu'il s'agit de les mettre en images. À cet égard, le dernier acte n'échappe pas à la caricature. Aussi, l'insertion dans cette réalité d'images mentales qui surgissent dans la tête du jeune homme ne provoque pas toujours l'effet escompté.
Malgré ces écueils, 5150 rue des Ormes se distingue avantageusement grâce au caractère très direct que privilégie le cinéaste dans sa mise en scène. Qui ne sombre jamais ici dans le piège du frisson bon marché.
Tessier a aussi su réunir devant sa caméra des acteurs remarquables. De la petite Élodie Larivière jusqu'à Sonia Vachon, étonnante dans le rôle de l'épouse soumise (rien à voir avec la Kathy Bates de Misery, malgré ce que laisse croire la bande annonce), les actrices modulent leurs partitions respectives avec beaucoup de virtuosité.
La vraie rencontre au sommet a toutefois lieu entre hommes. D'Amour est hallucinant dans le rôle de cet illuminé. Et reste crédible de bout en bout sans ne jamais tomber dans l'esbroufe. Face à lui, Grondin, qui n'avait pas tourné au Québec depuis La belle bête, est éblouissant.
On peut déjà voir se profiler à l'horizon la poursuite de cette lutte épique entre les deux acteurs à la prochaine soirée des Jutra...
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5150 RUE DES ORMES
Thriller réalisé par Éric Tessier. Avec Marc-André Grondin, Normand d'Amour, Mylène St-Sauveur, Sonia Vachon. 1h50.
Un étudiant en cinéma trop curieux devient l'otage d'une famille de cinglés.
Malgré certains écueils, le défi est bien relevé.