Plus cinglant que Sicko, et surtout moins nombriliste que Captain Mike America Across America, le nouveau manifeste de l'ennemi numéro un de la droite américaine, Capitalisme : une histoire d'amour (Capitalism : A Love Story, présenté en version originale anglaise avec sous-titres français) s'inscrit en droite ligne dans son style bulldozer, composé d'images d'archives, d'entrevues sauvages, d'un peu de pathos et d'une bonne dose d'ironie.
Peu importe ce qu'on peut penser de Moore, il faut lui reconnaître un talent indéniable pour conjuguer la réflexion au divertissement. En cela, son nouveau brûlot fait mouche. Au regard de la déconfiture économique et de ses milliers de victimes, la thèse défendue par Moore est loin d'une fumisterie.
D'entrée de jeu, Moore frappe fort. Appuyé par les images d'un péplum hollywoodien, il annonce le déclin de l'Empire américain. La chute est inévitable. Comme au temps de César, les disparités entre classes sociales sont devenues trop criantes.
Moore retourne avec sa caméra dans sa ville natale de Flint, au Michigan, endroit de tournage de son premier film, Roger & Me. Vingt ans plus tard, constate-t-il, les États-Unis comptent des centaines de Flint, des villes exsangues frappées de plein fouet par la récession.
Moore remonte au temps de son enfance, à une époque bénie où son père changeait d'auto tous les trois ans, où un seul salaire permettait de faire vivre une famille, où les dettes (sauf l'hypothèque) n'existaient pas, où les caisses de retraite étaient à l'abri des spéculateurs.
Ronald Reagan : le coupable
Les temps ont bien changé. Les ménages américains croulent aujourd'hui sous les dettes. Une maison est saisie toutes les sept secondes. Des milliers de travailleurs (dont des pilotes de grosses compagnies aériennes) sont con-traints d'avoir deux boulots pour boucler les fins de mois.
Comment le plus riche pays du monde en est-il arrivé là? demande Moore.
Et le controversé documentariste de remonter en arrière pour désigner le coupable : Ronald Reagan, le premier à ouvrir la porte à la déréglementation des marchés financiers, avec l'aide de son secrétaire au Trésor, Donald Regan. «Les choses ne devaient plus jamais être comme avant. Le pays était dorénavant contrôlé par les corporations.»
Curieux et fouineur, Moore analyse les tractations menées au Congrès américain, l'an dernier, lors du vote sur le plan de sauvetage des banques américaines. «Une opération digne de la CIA, orchestrée aux plus hauts niveaux», s'insurge Moore. À ses yeux, Wall Street est devenu un Las Vegas où les spéculateurs disposent de l'argent de tout un chacun comme bon leur semble.
En finale, fidèle à sa réputation de mouche du coche, Moore se rend en camion blindé au siège social de quelques banques new-yorkaises pour... récupérer l'argent des contribuables. De guer-re lasse, en guise de symbole, Moore déroulera un ruban jaune de scène de crime autour des édifices.
Capitalisme : une histoire d'amour est un film à voir absolument, histoire de mieux comprendre ce qui cloche dans notre système économique où la cupidité et la course au profit règnent en roi et maître. Un appel à la démocratie et à une meilleure distribution de la richesse qui ne peut laisser indifférent.
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Capitalisme : une histoire d'amour (Capitalism : A Love Story). Genre : documentaire. Réalisateur : Michael Moore. Classement : général. Durée : 1 h 45.
On aime : le travail de recherche, le style toujours aussi décapant de Moore, le montage.
On n'aime pas : les passages maladroitement sentimentaux.