Le jeudi 1 octobre 2009
Capitalism: A Love Story : portrait d’une dérive…
Capitalisme - Une histoire d'amour
La Presse
Il n’y a que Michael Moore pour faire du «bon» Michael Moore. Entendez par là que son nouveau brûlot, Capitalism: A Love Story, procède d’une démarche entreprise il y a longtemps, dans laquelle le célèbre polémiste peaufine une méthode entièrement mise au service de ses idées. Son film est à la fois drôle, efficace et brillant sur le plan de la réalisation. Il frôle aussi dangereusement la manipulation, les excès de sentimentalisme et la mauvaise foi. En cela, Capitalism: A Love Story est bel et bien un film de Michael Moore.
Cette fois, le militant établit un lien direct avec Roger & Me, son premier film. L’étendue de la crise financière, dans laquelle les géants de l’automobile – dont General Motors – furent notamment impliqués, lui permet ainsi de boucler sa boucle. Et de montrer à quel point les ratés du système économique sur lequel repose la société américaine ont des conséquences tragiques. Capitalism emprunte les allures d’un film-somme dans lequel Moore épingle tous les grands travers de la société dans laquelle il vit, celle-ci étant attaquée de l’intérieur par un système dont elle se fait pourtant une gloire.
Adoptant une position plutôt courageuse, le célèbre trublion remet carrément en question le système capitaliste. Et met de l’avant un discours peu souvent entendu dans l’espace médiatique américain.
Le cinéaste s’applique ainsi à montrer comment s’est déréglée la mécanique d’un système dans lequel une infime minorité d’individus s’enrichit de façon outrageante pendant que la vaste majorité s’appauvrit. Moore s’attarde notamment au sort de tous ceux qui ont perdu leur maison dans la foulée de la crise. Et autour desquels des vautours rodent, pervertissant un système qui n’a désormais que faire de ses laissés-pour-compte. Le pamphlétaire dénonce, réclame des comptes.
Avec un gros sac sorti tout droit du jeu Monopoly, il se présente sur Wall Street, où il a très peu d’alliés naturels. Il réclame l’argent consenti par le gouvernement américain devant servir à sauver les institutions financières du naufrage. Moore fait la preuve par l’absurde à quel point le capitalisme sauvage comporte sa trop forte dose d’immoralité.
Aussi pertinent et efficace soit-il, il reste que le portrait semble pourtant incomplet. Terminant chronologiquement sa démonstration sur une grande note d’espoir, l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche, Michael Moore ne peut évidemment plus mettre son film à jour pour suivre un dossier en constante évolution. Or, l’appel à la solidarité collective lancé à la fin (des films d’archives faisant écho au «Bill of Rights» que Franklin D. Roosevelt n’a pu mettre en application) semble bien vain. À la lumière de la polarisation de la société américaine, et de la colère exprimée récemment envers l’administration Obama lors du débat sur la réforme des soins de santé, on se surprend à penser que ce film ne reflète plus tout à fait la même réalité. C’est bien triste.
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***1/2
Capitalism: A Love Story
Documentaire réalisé par Michael Moore. Avec Michael Moore, Frank Moore, et les banquiers de Wall Street.
Dans la foulée de la crise financière, Michael Moore tente de récupérer l’argent que les banques ont obtenu du gouvernement américain pour les sauver du naufrage.
Une démonstration efficace, parfois brillante, qui ne reflète toutefois plus la même réalité.