La Presse
Après Piaf, Coluche, Mesrine, Sagan et avant Gainsbourg, le cinéma français s’est attaqué à l’une des plus célèbres figures du XXe siècle, Coco Chanel. Sa maison est encore aujourd’hui l’un des fleurons de la haute couture française, une marque aussi que s’arrachent les «fashionistas» à prix d’or. Si l’on connaît la femme Chanel, connaît-on vraiment la femme derrière Chanel?
Force est de constater que – pour notre part en tout cas – non. Le destin de Gabrielle Chanel prête toutefois à la romance, puisque, née dans un coin perdu de la France dans une société, disons, peu ouverte à la mobilité sociale, Gabrielle Chanel a réussi à s’imposer parmi les grands de son époque (Morand, Cocteau, Colette, Stravinsky, etc).
Anne Fontaine mise sur les racines de ce destin hors-norme pour Coco avant Chanel. Pour la réalisatrice de Nettoyage à sec, le défi était double: s’initier au genre «biographique» et au film à costume classique; faire un biopic qui ne tombe pas dans les travers de l’imitation ou de la «momification». Un défi à moitié relevé.
Coco avant Chanel est sans conteste un film très classique, dans sa forme comme dans le soin apporté aux costumes et aux décors. Le film débute par l’abandon de Gabrielle et de sa sœur dans un orphelinat. On les retrouve quelques années plus tard, poussant la chansonnette pour des soldats avinés la nuit, travaillant comme modestes couturières le jour.
Coco (Audrey Tautou) croise Étienne Balsan (Benoit Poelvoorde), un aristocrate riche et libertin. Comme le voulait l’époque, elle tente de devenir sa maîtresse pour se faire entretenir. Quand Balsan retourne dans son château près de la capitale, Coco s’invite. Il veut en faire sa «geisha». Coco observe, et commence à bâtir son propre mythe: elle s’initie à l’équitation, aux soirées avec les «demi-mondaines».
Par touches, Anne Fontaine montre les racines du style Chanel: la simplicité des coupes de ses créations en réaction aux excès du style Belle-Époque; son attirance pour les pochettes «matelassées» qui ont peut-être donné vie à ses célèbres sacs à main; son goût pour le noir, inspiré peut-être par les sœurs.
Les costumes créés par Catherine Leterrier sont sans doute l’un des aspects les plus intéressants du film. Car on regrettera beaucoup que, dans le scénario, Coco avant Chanel se montre conservateur. En effet, Chanel étant devenue la femme indépendante, qui refusa les demandes en mariage et accumula les relations plus ou moins raisonnables (son idylle avec un officier nazi avait failli lui coûter sa carrière), on peut se demander pourquoi elle est, dans le film, dépeinte principalement dans ses relations aux hommes.
Audrey Tautou offre une composition qui tranche avec la candeur de ses rôles plus célèbres (mais se rapproche de ce qu’est la comédienne dans la vie). Point de travestissement pour Tautou, qui échappe donc au syndrome «momification» qui avait frappé Sylvie Testud et Marion Cotillard dans le passé.
L’honneur est sauf!
On a malheureusement le sentiment de passer à côté de Chanel, surtout dans la scène finale allégorique tournée rue Cambon (et l’une des meilleures du film). Chanel, intemporelle, regarde depuis les escaliers les créations qu’elle aura faites durant toute sa vie: on touche ici au mythe, mais il est un peu trop tard.