Le jeudi 6 août 2009
Julie & Julia : jouir de la bouffe
La Presse
Le cinéma et l’art culinaire ont souvent fait bon ménage. Qui n’a pas salivé à la vue du repas somptueux du Festin de Babette? Des plats extravagants que préparait un père aimant dans Eat Drink Man Woman? Cette dimension – le plaisir des sens – est, curieusement, plutôt absente de la vision qu’offre la réalisatrice Nora Ephron (Sleepless in Seattle, You’ve Got Mail) de la vie de Julia Child. Évidemment, la prêtresse de la fine cuisine française en Amérique est présentée ici comme une jouisseuse, une obsédée de la bouffe dont l’esprit semble constamment occupé par le prochain repas à déguster. Mais son rapport avec la nourriture, dans la fabrication des plats, n’est pas rendu de façon aussi convaincante, ni «poétique».
En fait, Nora Ephron s’est plutôt appliquée à concocter ici une chronique – divertissante à souhait – à travers le parcours de deux femmes dont les destins seront liés à plus de 40 ans de distance.
Julia Child viendra s’immiscer dans la vie de Julie Powell au début de la décennie pour finalement occuper malgré elle toute la place. Tenant un blogue dans lequel elle raconte ses aventures culinaires en tentant quotidiennement de réussir toutes les recettes contenues dans Mastering the Art of French Cooking, la jeune femme en fait un projet de vie.
La réalisatrice s’attarde ainsi à décrire parallèlement les parcours respectifs des deux femmes en insérant dans son récit de nombreux retours en arrière, histoire de faire écho à la démarche d’une pionnière, alors dans ses années d’apprentissage.
Cette femme de diplomate a en effet eu le choc de sa vie en arrivant à Paris en 1948. Installée dans la Ville lumière pour quelques années à la faveur d’une mutation de son mari à l’ambassade américaine, Julia Child s’est très vite intéressée à l’art de vivre français, particulièrement à la cuisine. Les difficultés qu’éprouve Julie Powell pour mener à bien son projet dans les années 2000 trouvent par ailleurs écho à celles auxquelles a eu à faire face son idole à une autre époque.
Tout en étant liées, les vies sentimentales des deux femmes sont aussi évoquées, chacune d’elle pouvant bénéficier du soutien d’un mari compréhensif et très amoureux.
Dans la peau de Julia Child, Meryl Streep réussit encore une fois un vrai tour de force. Elle porte le film à bout de bras et donne tout un spectacle. À cet égard, il convient d’aller voir ce film dans sa version originale afin de pouvoir savourer la remarquable composition de l’actrice. Bien sûr, elle en met un peu beaucoup, mais le personnage original était lui-même pour le moins coloré. Ephron n’a d’ailleurs pas hésité à insérer le célèbre sketch de Saturday Night Live dans lequel Dan Aykroyd y allait d’une imitation… sanglante.
De son côté, Amy Adams aurait pu s’écraser. Mais dans le rôle de Julie Powell, l’actrice maintient le cap, même si les deux interprètes ne se croisent jamais.
Comme les films précédents de Nora Ephron, Julie & Julia souffre par ailleurs de certains écueils. Des longueurs, une propension au sentimentalisme, et une approche un peu trop appuyée par moments viennent parfois freiner le récit dans ses élans.
N’empêche que ce film reste quand même divertissant de bout en bout. Prévoyez une réservation dans un restaurant français à la sortie.
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Julie & Julia
Chronique biographique réalisée par Nora Ephron. Avec Meryl Streep, Amy Adams, Stanley Tucci, Chris Messina. 2h03.
Grâce au célèbre livre de recettes de Julia Child, une jeune femme découvre la gastronomie française. Et deux ou trois choses de la vie.
Des écueils dans la réalisation, mais Meryl Streep donne tout un spectacle!