La Presse
Avec Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, il est pour une fois impossible de dire «Ce «Harry Potter» est plus sombre que les précédents». C’était vrai du roman de J.K. Rowling, ce ne l’est pas du long métrage que David Yates a réalisé à partir de l’excellent scénario de Steve Kloves où se mêlent, dans un bel équilibre, l’amour et la mort, la loi du sang et la voix des sens.
Le livre était long et touffu. Des choix étaient à faire. Le scénariste et le réalisateur, qui seront à la barre de l’adaptation, en deux longs métrages, des Reliques de la Mort (et c’est une excellente nouvelle), ont fait les bons. Accouchant d’un film qui n’est pas l’illustration du livre mais son interprétation.
D’un film qui se tient seul, qui possède une structure propre au cinéma et non à la littérature, qui vole de ses propres ailes – ou sur son propre balai!
D’ailleurs, tenant pour acquis que le public aura vu ou lu les épisodes précédents, les artisans du Prince de Sang-Mêlé ont opté pour une course à obstacles haletante qui commence sans mise en place. On plonge immédiatement dans l’action, alors que des Mangemorts démolissent le pont du Millénaire, à Londres.
Attachez-vous!
Le ton est donné: Moldus, attachez-vous! Enfin, le ton pour la face sombre de ce récit, qui en possède deux, la seconde s’intéressant aux dégâts que causent les flèches de Cupidon entre les murs de Poudlard: Harry, Hermione et Ron (Daniel Radcliffe, Emma Watson et Rupert Grint) ont maintenant 16 ans et ils sont victimes de leurs hormones.
Deux faces, donc. La tragédie et la comédie romantique.
Elles sont portées par de jeunes acteurs ayant affiné leur talent de même que par des pros qui s’éclatent visiblement dans cet univers: Helena Bonham Carter, dont l’interprétation faussement indolente de Bellatrix Lestrange est rien de moins que jouissive; Alan Rickman, dont le Severus Rogue siffle les répliques entre ses lèvres serrées… ce qui ne les empêche pas de faire mouche ; Michael Gambon, dont le Dumbledore traverse ici des moments cruciaux pour l’avenir des sorciers; et Jim Broadbent, délicieux dans la peau de ce nouveau venu qu’est Horace Slughorn, professeur de Potions dont un souvenir est lié au passé de Voldemort.
Leurs prestations sont, de plus, mises en relief par des effets spéciaux qui sont à des années lumière de ceux des premiers films en termes d’excellence, de même que par une direction photo, celle du Français Bruno Delbonnel (complice de longue date de Jean-Pierre Jeunet), qui magnifie l’atmosphère… enfin, les atmosphères, de l’oeuvre.
D’un ton à l’autre
Le récit passe ainsi, de manière fluide, d’un ton à l’autre. La comédie permettant de mettre du poignant au drame. Lequel est moins profond que dans le roman, peut-être parce que le filon concernant le mystérieux Prince de Sang-Mêlé est traité de façon presque anecdotique; mais, surtout, à cause de deux amputations – nécessaires, mais dont les fans des livres devront faire leur deuil : les incursions dans le passé des parents de Tom Jedusor, qui deviendra Voldemort, ont été complètement coupées ; même chose pour le grand combat dans les couloirs et les salles de Poudlard, entourant la tragédie finale.
Si, rationnellement, il est aisé de comprendre la logique de la chose, il est, émotivement parlant, plus difficile de ne pas regretter ces retours en arrière qui éclairent les racines sombres de Voldemort. Mais peut-être seront-ils des Reliques de la Mort…
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Harry Potter and the Half-Blood Prince (V.F.: Harry Potter et le prince de sang-mêlé)
Drame fantastique de David Yates. Avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint, Michael Gambon. 2h33
La guerre est officiellement déclarée entre les sorciers renégats menés par Voldemort et ceux qui considèrent Harry Potter comme L’Élu. Entre les murs de Poudlard, par contre, ce sont les amours adolescentes qui font des ravages.
Tragédie et comédie, rires et larmes sont de ce menu. La table est formidablement mise pour le diptyque final.