La Presse
Public Enemies fait partie de ces objets cinématographiques admirables, pour lesquels il est pourtant difficile de s’enthousiasmer vraiment. Le nouveau film de Michael Mann (Heat, Collateral) est impeccable en tous points. Tant sur le plan narratif que sur celui de l’interprétation ou de la mise en scène, le drame relatant l’histoire du célèbre John Dillinger est truffé d’éléments de tout premier ordre. Le cinéaste a fait preuve d’une minutie remarquable, d’un perfectionnisme évident.
Ennemi public no1 au moment de la création du FBI, John Dillinger est un personnage fascinant. Le gangster a en effet su gagner la faveur populaire, à une époque où plusieurs citoyens, coincés dans les affres de la Grande Dépression, imputaient leurs déboires aux institutions financières. Ils voyaient ainsi les braquages de Dillinger comme une forme de vengeance contre les escrocs en cols blancs qui avaient couru à leur perte. On pourrait d’ailleurs reprocher à Mann de ne pas avoir fait assez écho à cet aspect des choses. Même si le récit est campé à une époque marquée par la décroissance et la pauvreté, la souffrance collective sur le plan social n’est pratiquement jamais évoquée.
Le scénario, que Mann a coécrit avec Ronan Bennett (Lucky Break) et Ann Biderman (Primal Fear), s’attarde plutôt à dépeindre un personnage charismatique, dont les activités auront tôt fait de soulever l’ire des autorités. J. Edgar Hoover (excellent Billy Crudup), directeur du FBI, et Melvin Purvis (Christian Bale), l’homme chargé par Hoover de diriger le bureau d’agence de Chicago, en font pratiquement une affaire personnelle.
L’attitude frondeuse et indépendante de Dillinger agaçant aussi les organisations criminelles, tout se met alors en place pour une confrontation sans merci où, on le devine, certains y verseront leur sang…
Fidèle à son habitude, Mann ne mise toutefois pas sur les aspects spectaculaires de l’histoire pour épater la galerie. Il préfère bien installer les choses, intégrant à son récit une multitude de personnages périphériques, lesquels prendront évidemment tous leur importance. Parmi ceux-ci, il convient de souligner celui qu’incarne Marion Cotillard (La vie en rose). Dans le rôle de l’amoureuse de Dillinger, l’actrice française, qui apparaît dans un film pour une première fois depuis l’obtention de son oscar, parvient à en effet à livrer une vraie composition, malgré la minceur apparente du rôle.
Public Enemies repose par ailleurs principalement sur l’espèce de jeu du chat et de la souris auquel se prêtent les deux protagonistes. Si les actions de Dillinger sont spectaculaires, l’homme, lui, reste d’une sobriété exemplaire. C’est du moins l’illustration qu’en donne Johnny Depp, qui évite tout effet. Et laisse la force du personnage s’imposer d’elle-même. Face à lui, Christian Bale se révèle tout aussi sobre, bien que l’intensité proverbiale de l’acteur s’exprime à travers une rage contenue. Peut-être cette approche explique-t-elle l’opacité de l’ensemble, Dillinger demeurant une figure aussi énigmatique à la fin qu’au début. Public Enemies (Ennemis publics en version française) reste, pourtant, un beau film.
PUBLIC ENEMIES
Film de gangsters réalisé par Michael Mann. Avec Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard. 2h29.
Au cœur de la Grande Dépression, les autorités policières tentent d’épingler John Dillinger, gangster redoutable qui gagne la faveur populaire.
Un film de très belle qualité, pour lequel on a pourtant du mal à s’enthousiasmer.
***