Le jeudi 4 juin 2009
J'ai tué ma mère : un grand cri d’amour
La Presse
Xavier Dolan a un oeil. C’est indéniable. Il possède aussi un talent de scénariste – et de dialoguiste – qui impressionne. En se mettant lui-même en scène dans une histoire de fiction aux forts relents autobiographiques, dans un film qui, de surcroît, le met carrément au monde, le jeune auteur cinéaste joue quitte ou double. Il gagne ici son pari haut la main.
L’exploit est d’autant plus remarquable que Dolan aurait facilement pu tomber dans le piège de l’exercice narcissique issu de l’imagination d’un ado en révolte en mal d’expression (ou d’attention).
Or, J’ai tué ma mère propose une vision étonnamment lucide sur les rapports complexes qu’entretiennent, dans ce cas précis, une mère bien intentionnée mais maladroite et son fils unique. Un être aussi insupportable qu’attachant dans son exigence.
La réussite du film se situe en partie dans ses contrastes. Dolan trace en effet son portrait sous plusieurs angles. Les deux protagonistes principaux sont montrés avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs zones d’ombre, sans qu’aucun des deux n’ait nécessairement le bon ou le mauvais rôle. Bien entendu, le trait est parfois un peu grossi – il fallait bien faire écho à la couleur des personnages – mais l’ensemble révèle une vraie finesse, une vraie profondeur. Dolan manie aussi l’autodérision avec grande habileté. Cet élément se révèle d’autant plus essentiel qu’il empêche le récit de verser dans la complaisance.
D’abord présenté sous la forme d’un «témoignage» au cours duquel Hubert Minel (Dolan) se répand en confidences sur sa mère (Anne Dorval) face à la caméra, le film trouve très vite son ton et son rythme. Dès qu’apparaissent les premières images laissant voir la génitrice d’un jeune homme visiblement déchiré, Dolan installe sa machine de guerre. À grands coups d’extraits de poèmes ou d’interstices visuels; au détour d’une partition musicale à caractère nostalgique (les motifs du compositeur Nicholas S. L’herbier rappellent volontairement ceux qu’avaient créés Shigeru Umebayashi pour In the Mood for Love); avec, aussi, des dialogues rien de moins qu’explosifs, l’auteur cinéaste s’attarde à décrire toutes les étapes d’une relation fusionnelle en état de crise.
Dolan a évidemment su trouver en Anne Dorval une partenaire idéale. Bien qu’elle dispose d’une partition parfois jouissive (la désormais fameuse tirade au téléphone avec le directeur d’un pensionnat suscite des applaudissements chaque fois), l’actrice se glisse dans la peau de cette mère en apparence «quétaine» avec beaucoup de sobriété. Et de dignité. Face à elle, Dolan ne se donne pas toujours le beau rôle, bien qu’il se réserve aussi quelques scènes «payantes» (les retrouvailles en pleine nuit). Cette complicité entre les deux protagonistes fait d’ailleurs le prix d’un film qui, par ailleurs, n’est évidemment pas parfait. Certains personnages périphériques sont plus mal dessinés (son amant et la mère de ce dernier notamment). Et le récit n’évite pas toujours les redites.
Cela dit, il est clair qu’avec ce premier film en forme de grand cri d’amour, porté par une fraîcheur enthousiasmante, Xavier Dolan s’inscrit d’ores et déjà comme un artiste dont le parcours sera passionnant à suivre. C’est déjà énorme. Et ça ne tue personne.
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***1/2
J’ai tué ma mère
Comédie dramatique réalisée par Xavier Dolan. Avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Suzanne Clément, François Arnaud. 1h40.
Un adolescent de 17 ans devient obsédé par le sentiment amour-haine qu’il éprouve pour sa mère.
Un film à la fois drôle et profond. D’une fraîcheur enthousiasmante.