Qui du néophyte ou du fan de la bande dessinée visionnaire de Dave Gibbons et Alan Moore, publiée en 1986, aura le plus de plaisir avec cette production de 150 millions $ foisonnante d'effets spéciaux? De toute évidence, les deux. Votre humble critique et serviteur en savait bien peu sur ces Watchmen avant de s'installer pour 2h45 de projection, ce qui ne l'a pas empêché d'éprouver un plaisir de (presque) tous les instants.
Du réalisateur de l'avant-gardiste 300, Zach Synder, on pouvait s'attendre à quelque chose de follement original, mais à ce point, jamais. Malgré la complexité du scénario et de ses personnages, Watchmen se révèle l'une des belles surprises du cinéma américain du premier trimestre.
Le ton est donné dès l'introduction avec une bagarre stylisée, sur la chanson Unforgettable, de Nat King Cole. Snyder enchaîne avec un générique patchwork d'anthologie où l'histoire américaine des 40 dernières années défile sous nos yeux, sur la chanson culte de Bob Dylan, The Times They Are A-Changin'.
Nat King Cole... Dylan... puis Simon & Garfunkel, Janis Joplin, K.C. and the Sunshine Band, Jimi Hendrix : à n'en pas douter, nous sommes en présence d'un film de superhéros pas comme les autres. D'ailleurs, dans ce monde fictif de 1985, Richard Nixon est encore au pouvoir après avoir gagné au Viêtnam. Et la Guerre froide entre Washington et Moscou a atteint des proportions telles que l'holocauste nucléaire pend au bout du nez de la planète.
Les superhéros de Watchmen s'appellent Dr. Manhattan (Billy Crudup), Rorschach (Jackie Earle Haley), Silk Spectre (Malin Akerman), Nite Owl (Patrick Wilson) et Ozymandias (Matthew Goode). Seul le très zen Dr. Manhattan est détenteur de pouvoirs.
Tout ce beau monde sera sorti de sa retraite par l'assassinat de l'un des leurs, Le Comédien (Jeffrey Dean Morgan), un type violent et bien peu recommandable. Dès lors, les justiciers masqués feront tout en leur pouvoir pour contrer la terrible machination qui se cache derrière ce meurtre.
Divertissement de haut calibre
Une fois les grands enjeux saisis, Watchmen devient un divertissement de haut calibre qui amène le spectateur beaucoup plus loin qu'il l'aurait cru au départ. Les personnages ont un profil, passé et présent, aussi épais que ténébreux. Ils ont la morale douteuse, tiraillés entre le bien et le mal. Ils ont plein de défauts, même des problèmes com-me la dysfonction érectile...
Ces antihéros évoluent dans un univers qui détonne aussi, avec son humour noir, sa propension à s'insinuer dans les coins malodorants de la psyché humaine, sa violence à la Tarantino, et son regard sans fard sur une société qui a vendu son âme au diable. En cela, Watchmen deviendra peut-être le film que les historiens du cinéma analyseront dans 20 ou 30 ans pour comprendre le déclin annoncé de l'empire américain. Et de son fameux rêve.
Déconcertant, bizarre, amusant (même si parfois un peu trop gore), le film de Snyder est quasi inclassable, à ne pas voir en famille (malgré son visa 13 ans). Entre les envolées philosophiques du Dr. Manhattan, un ectoplasme bleu phosphorescent, toujours nu comme un ver (zizi en prime...), et une baise sur l'air de... Hallelujah, de Leonard Cohen (eh oui!), on donne à voir et à entendre, mais pour un public capable d'en prendre.
Si vous avez le goût de sortir de votre zone de confort, Watchmen est fait pour vous.
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Genre : drame fantastique
Réalisateur : Zach Snyder
Acteurs : Jackie Earle Haley, Billy Crudup, Patrick Wilson, Malin Akerman, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Gugino, Stephen McHattie et Matt Frewer
Salles : Cinéplex Sainte-Foy (v.f. et v.o.a.), Cinéplex Beauport, Place Charest, Galeries de la Capitale, Des Chutes et Lido
Classement : 13 ans
Durée : 2h43
On aime : le récit complexe, symbolique et follement original, la qualité des effets spéciaux et du son, la trame sonore, l'humour noir
On n'aime pas : quelques personnages qui manquent de charisme (dont Mali Akerman), les envolées martiennes de
Dr. Manhattan, une finale qui se cherche