La Presse
Tour d'horizon de la pensée néoli-bérale, de ses partisans et de ses opposants, L'encerclement, la démocratie dans les rets du néolibéralisme réussit un tour de force : proposer un exposé clair et intelligent, orienté mais pas manipulateur, sur l'un des sujets les moins cinégéniques qui soit, l'économie politique.
En 1995, Ignacio Ramonet signait dans Le Monde diplomatique un éditorial dénonçant avec véhémence le nouveau dogme mondial. Après la chute du mur de Berlin et l'effondrement du bloc soviétique, la croyance selon laquelle le marché «peut tout» et l'État ne peut plus rien s'est imposée comme une vérité incontestable.
Or, rappelle Brouillette, les fondements de ce dogme sont bancals - l'improbable concurrence libre et parfaite sur laquelle s'appuient les penseurs du libéralisme pour parler d'équilibre du marché, les diverses interprétations auxquelles a donné lieu au cours des siècles la fameuse main invisible d'Adam Smith, etc.
Science humaine, donc, l'économie est présentée, toujours, comme une science exacte, pure - avec ses «prix Nobel». Richard Brouillette insiste sur les guillemets, façon, selon lui, de rappeler que le prix Nobel d'économie n'a pas été créé par Alfred Nobel.
Hors du marché, point de salut, répète-t-on à l'envi. La rationalité économique est également devenue un humanisme, puisque pour l'un des courants de pensée les plus extrêmes aujourd'hui, c'est non seulement l'État providence mais aussi l'État régalien, qu'il faudrait tout simplement abolir au nom de la propriété privée et de la liberté individuelle.
À tout seigneur, tout honneur: c'est à Ignacio Ramonet que revient celui d'ouvrir le documentaire, dans lequel interviennent également des penseurs opposés au néolibéralisme (Chomsky, Normand Baillargeon ou Omar Aktouf) et des penseurs de droite (Jean-Luc Migué, Martin Masse). Force est de constater que les personnalités choisies par Richard Brouillette ont toutes en commun les discours éloquents, vulgarisateurs mais jamais simplistes.
Difficile aussi d'accuser Brouillette de tomber dans le populisme. Si le but de la démonstration est clair, les arguments sont souvent habiles (on n'évite tout de même pas certains poncifs anti-néolibéraux). La sobriété de la mise en scène - et les touches musicales d'Éric Morin - doivent plus à Errol Morris qu'à Michael Moore, ce qui constitue une véritable originalité.
L'idée de voir des profs d'université, en plan fixe discourir des effets néfastes de la mondialisation ou de la grande manipulation des médias n'est a priori pas exactement la vision que l'on se fait d'un film prenant. Qu'importe: L'encerclement assume pleinement ses choix esthétiques et intellectuels, il ne se conforme pas aux canons du genre et constitue, en cela, une véritable source de réflexion. Tout un luxe.
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L'encerclement - La démocratie dans les rets du néolibéralisme. Documentaire de Richard Brouillette. 2 h 40.
Naissance, vie et prolifération du néolibéralisme, de ses produits dérivés (les think tanks) et de sa dérive extrémiste, le libertarisme.
Documentaire intellectuel et accessible, culotté sur la forme et qui, sur le fond, permet de revoir ses classiques.