Le samedi 27 décembre 2008
Valse avec Bachir: la mémoire en guerre
Le Soleil
Au Festival de Cannes, en mai, la surprise majeure du palmarès est venue de l'absence de Valse avec Bachir. Le film de l'Israélien Ari Folman avait pourtant en sa faveur de grandes qualités, dont un discours antimilitariste abordé de façon atypique par le procédé de l'animation.
Plus sophistiqué que Persepolis (gagnant du Prix du jury l'année précédente), Valse avec Bachir est à la fois documentaire, drame de guerre et film autobiographique. Folman plonge dans ses souvenirs d'ex-soldat de l'armée israélienne pour revenir sur le carnage prémédité des camps palestiniens de Sabra et Shatila, en septembre 1982, par la milice chrétienne libanaise, sous le nez de l'armée israélienne en poste à Beyrouth.
Quête de vérité
Son alter ego à l'écran est un metteur en scène qui remonte le fil de ses souvenirs, au gré d'une enquête visant à reconstituer la chronologie des terribles événements que le stress post-traumatique a fait enfouir au fond de sa mémoire. Sa quête de la vérité le conduira à interroger plusieurs de ses anciens compagnons d'armes qui, comme lui, éprouvent désarroi, culpabilité et une vision évanescente des événements.
L'exploration de l'imaginaire de Folman porte le film dans des endroits insoupçonnés. Si son parcours est parfois labyrinthique, on s'étonne de la façon audacieuse d'aborder un thème aussi grave. Plutôt que de désamorcer le propos, l'animation vient au contraire le renforcer, lui conférant une portée poético-onirique. Sans cela, Valse avec Bachir aurait été un documentaire de plus sur la guerre. Folman a toutefois cru bon, avec raison, de laisser en finale de véritables images de Sabra et Chatila. L'impact est d'autant plus fort.