La Presse
Deux amis se rencontrent dans un bar. L’un est cinéaste ; l’autre est en proie à un cauchemar récurrent – toujours le même – dans lequel il est poursuivi par une meute de chiens. Cette bouffée d’angoisse découle directement de l’époque où tous deux, alors jeunes soldats honorant leurs années de service militaire obligatoire, étaient en poste au Liban. C’était au début des années 80. Ayant subi un traumatisme qui a eu pour effet d’effacer complètement cet épisode de sa vie, le cinéaste décide, à 40 ans, de partir à la trace de sa mémoire.
Dans ce documentaire d’animation à caractère autobiographique, Ari Folman met ainsi à contribution d’anciens compagnons d’armes dispersés un peu partout dans le monde pour reconstruire pièce par pièce le puzzle de sa mémoire blessée.
Empruntant la forme d’un journal intime, Valse avec Bachir se transforme ainsi en portrait impressionniste poignant, l’animation octroyant au récit un grand pouvoir d’évocation. Dans une certaine mesure, la démarche s’apparente un peu à celle qu’avait empruntée Marjane Satrapi l’an dernier avec Persepolis. Les deux films n’ont pourtant pas grand-chose en commun, cela dit, si ce n’est cette volonté de faire écho à un parcours personnel bousculé par l’histoire du monde.
S’appuyant sur les véritables témoignages des personnes rencontrées, Folman propose ici un film rien de moins que bouleversant, de très belle forme graphique aussi.
Même s’il fait écho à une réalité pour le moins tragique, doublée d’une introspection douloureuse, l’auteur cinéaste emprunte néanmoins une approche qui séduit sur le plan formel, probablement pour mieux mettre en exergue le fruit de sa démarche, asséné comme un coup de grâce à la toute fin.
L’auteur cinéaste, dont la mémoire est retrouvée, insère alors quelques rares scènes d’archives tournées après les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila. Et dont il a été le témoin impuissant. L’effet est saisissant. Folman rappelle ainsi au spectateur que les enjeux dont il est ici question dépassent largement le cadre du spectacle cinématographique.
Rappelons que le Bachir du titre est Bachir Gemayel, leader libanais chrétien, dont l’assassinat a déclenché les massacres. Une scène très puissante montre d’ailleurs l’un des personnages en train de valser avec l’image du leader sous une pluie de balles. La réussite du film tient en outre à ce mélange de réalisme et d’échappées oniriques, appuyé par une direction artistique d’une qualité exceptionnelle.
Le discours humaniste et antimilitariste qui émane de ce film ne peut faire autrement que de trouver un écho.
Valse avec Bachir, présenté en version originale (en hébreu) avec sous-titres, prend l’affiche vendredi.
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VALSE AVEC BACHIR
Documentaire d’animation réalisé par Ari Folman. Avec Ari Folman, Ori Sivan, Ronny Dayaq. 1h30.
Victime d’un traumatisme qui a carrément effacé de sa mémoire les événements qu’il a vécus alors qu’il était en poste au Liban au début des années 80, un soldat israélien repart à la recherche de lui-même.
Un portrait impressionniste poignant. Une grande réussite.