La Presse
Sur le plan cinématographique, Doubt n’est pas un film très intéressant. La réalisation de John Patrick Shanley, qui porte ici à l’écran sa propre pièce de théâtre, est plutôt simpliste, voire un peu plaquée. En revanche, la joute psychologique qui se déroule sous nos yeux est tellement captivante qu’elle compense largement le caractère plus ordinaire de la mise en scène.
Lauréate d’un prix Pulitzer, cette pièce fut, précisons-le, montée à Montréal l’an dernier chez Duceppe dans une mise en scène de Martine Beaulne avec, dans les rôles principaux, Louise Laprade et Gabriel Sabourin. Pour son adaptation cinématographique, Shanley a fait appel à deux des meilleurs acteurs de la planète: Meryl Streep et Philip Seymour Hoffman. Les deux pointures mordent d’ailleurs à belles dents dans leurs partitions, et livrent des performances rien de moins qu’éblouissantes.
Campée dans une école catholique du Bronx au milieu des années 60, l’intrigue de Doubt fait écho à l’inévitable confrontation idéologique découlant des importants bouleversements sociaux qui marquent l’époque.
Soeur Aloysius Beauvier (Meryl Streep) dirige l’institution scolaire avec une main de fer. Avec ses airs – et ses méthodes – de matrone, la religieuse exècre toute incursion de modernité, se scandalisant même de l’utilisation du stylo à bille. L’approche plus «flexible» que préconisent certains enseignants sur le plan de la discipline et des rapports avec les étudiants ne trouve pas grâce à ses yeux non plus.
Le jour où une jeune religieuse sous sa tutelle (Amy Adams) l’informe naïvement que le père Flynn (Hoffman), le supérieur de sœur Aloysius, semble porter un intérêt particulier au seul étudiant noir de l’école, âgé d’une douzaine d’années, la guerre s’installe.
Sans avoir la moindre preuve, mais engoncée dans sa certitude, la directrice s’emballe dans une logique implacable, qui la mène à conclure que ce prêtre trop moderne, trop humain, est forcément un pédophile. Aussi mettra-t-elle toutes ses énergies à faire en sorte que le père Flynn lui avoue le crime qu’il aurait commis envers ce garçon, enfant de choeur au service dominical.
Le prêtre niant le tout avec vigueur, l’intérêt du texte repose non seulement sur le doute qui s’installe dans l’esprit du spectateur, mais aussi dans cette façon d’exposer une problématique délicate. Devant une situation pareille, où trace-t-on la ligne entre l’intuition et la paranoïa? Entre l’indice qui incite à dénoncer et les fausses perceptions? Combien de crimes de cette nature ont été commis à répétition à cause du silence de ceux qui n’ont rien su voir? À l’opposé, combien de réputations brisées à cause de fausses allégations? On le voit, les thèmes qu’aborde Shanley dans cette histoire sont riches de questionnements. De façon plus large, on ne peut s’empêcher de penser que cette confrontation au sommet constitue aussi une métaphore de caractère politique, particulièrement à l’aune des certitudes sur lesquelles le gouvernement américain s’est appuyé pour élaborer ses stratégies au cours des dernières années.
On pourra ainsi lire Doubt sur plusieurs niveaux. D’autant plus que le récit est visiblement conçu pour susciter des discussions. Il n’y aucun doute là-dessus.
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***1/2
DOUBT (V.F.: DOUTE)
Drame réalisé par John Patrick Shanley. Avec Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Viola Davis. 1h44.
En 1964 dans une école catholique du Bronx, une religieuse soupçonne de pédophilie un prêtre charismatique et populaire. Mais elle n’a aucune preuve.
Un texte puissant, des performances éblouissantes, une réalisation plus ordinaire.