La Presse
Baz Luhrmann est un cas. Talentueux, très doué pour l’enflure et l’exubérance, le réalisateur de Moulin Rouge dépasse largement dans son cinéma le seuil de la bonne mesure et il assume sa démarche sans aucune gêne. Australia lui donne à cet égard l’occasion d’assouvir ses instincts et lui permet de miser à fond sur son approche proverbiale du «toujours plus» et du «encore davantage».
Il propose ainsi un drame épique à l’ancienne (avec les grands sentiments qui s’y rattachent), et orchestre un mélo grandiose comme à peu près plus personne n’ose en faire aujourd’hui. Il magnifie ses stars, prend un soin jaloux à composer des images parfaitement léchées dans lesquelles aucun détail, aussi petit soit-il, n’est laissé au hasard. Il filme aussi amoureusement les paysages sauvages de son pays d’origine comme si sa vie en dépendait. Pour couronner le tout, il tapisse son film d’une partition musicale insistante (gracieuseté de David Hirschfelder) dans laquelle les violons ont tout le loisir de dégouliner à leur guise.
De la même manière que François Ozon s’inspire beaucoup du grand cinéma du passé pour élaborer parfois des films truffé de références, Luhrmann joue aussi ce jeu à fond en se donnant les moyens de ses ambitions. Australia, c’est Gone with the Wind qui croiserait Géant, avec des détours qui rappellent The African Queen et Out of Africa, tout autant que quelques grands classiques du western. Autrement dit, on pénètre ici dans un monde plus grand que nature qui, bien que campé dans un contexte réel et ponctué de vérités factuelles, n’en appartient pas moins à un univers cinématographique relevant de la fantaisie pure. D’une certaine façon, Luhrmann se fait complice du spectateur, dans la mesure où il lui propose un spectacle où les règles sont établies d’avance. À celui-ci, alors, de souscrire ou pas à ce qu’on lui offre.
Nicole Kidman, toujours excellente, prête ici ses traits à Lady Sarah Ashley, une aristocrate anglaise qui, soupçonnant une incartade conjugale de son mari, s’embarque vers l’Australie afin d’aller rejoindre ce dernier, propriétaire d’un grand domaine là-bas. L’arrivée de la jeune femme dans l’Outback donne d’ailleurs lieu à des scènes de comédie, articulées bien entendu autour du décalage culturel. Alors que la Deuxième guerre mondiale s’apprête à éclater, la Lady découvre sur place qu’elle doit s’occuper elle-même de la gestion du domaine. Elle doit en outre faire équipe avec un cowboy un peu rustre (Hugh Jackman, très en forme) afin de maintenir les opérations à flot. Le récit mise évidemment sur les rapports tendus entre les deux protagonistes, lesquels évolueront très vite vers autre chose, mais Luhrmann profite aussi de l’occasion pour intégrer au récit un pan moins reluisant de l’histoire australienne, à savoir le racisme institutionnalisé envers les autochtones du pays. Lady Ashley tentera notamment de sauver des autorités un petit garçon qui, selon la loi, devrait être récupéré par le gouvernement, étant donné qu’il est né d’une union «illégale» entre un Blanc et une Aborigène.
Même si elle est truffée d’excès en tous genres, la première partie d’Australia est fort séduisante, surtout qu’il en émane un vrai plaisir sur le simple plan cinématographique. En revanche, le dernier acte est tellement surfait qu’il vient bien près de tout gâcher. Le bombardement japonais sur Darwin fait passer l’incendie d’Atlanta de Gone with the Wind pour un feu de foyer, et les (nombreuses) fausses finales laissent entrevoir à quel point Luhrmann a eu du mal à conclure. Le dénouement du récit, honteusement sentimental, ne passe pas la rampe et frôle le ridicule plus souvent qu’à son tour.
Mais il y a quand même Nicole et Hugh… Et du spectacle plein le grand écran.
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AUSTRALIA
Drame romantique réalisé par Baz Luhrmann. Avec Nicole Kidman, Hugh Jackman, David Wenham, Bryan Brown, Brandon Walters. 2h45.
À la fin des années 30, une aristocrate anglaise se rend en Australie afin de gérer un gigantesque domaine appartenant à son mari.
Une épopée grandiose qui aurait parfois dû se garder une petite gêne.