La Presse
Un peu à la manière de Rois et reine, son (excellent) film précédent, Arnaud Desplechin orchestre dans son nouveau film une partition de virtuose dans laquelle sont modulés sur plusieurs registres les petits et grands drames de l’existence. Il se frotte cette fois à un thème pour le moins délicat: le désamour au sein d’une famille.
L’auteur cinéaste en explore les arcanes de manière très franche, tout en empruntant une liberté de ton qui amène le récit en des zones insoupçonnées. À cet égard, ce Conte de Noël s’inscrit dans la parfaite continuité d’une oeuvre singulière, construite sur la complexité des relations intimes et filiales.
À l’aide d’une distribution prestigieuse, Desplechin s’attarde ici au parcours d’une famille de Roubaix, marquée par un drame survenu il y a plus de 30 ans. À cette époque, l’aîné de la famille, tout jeune enfant, aurait eu besoin d’une greffe de moelle osseuse pour, peut-être, réchapper de la leucémie. Ses parents (Catherine Deneuve, Jean-Paul Roussillon) n’étant alors pas compatibles, pas plus que sa petite sœur Elizabeth, il fut décidé de «produire» un troisième rejeton dans l’espoir que le nouveau-né puisse éventuellement devenir le donneur.
Le destin n’ayant pas été très conciliant, les séquelles de ce malheur contaminent encore aujourd’hui les rapports dans lesquels pataugent les membres de cette famille apparemment sans histoires. Quand la mère révèle être atteinte du même mal que celui dont est mort son aîné il y a si longtemps, la famille entière doit forcément faire face à la musique.
Au lieu du jeu de massacre attendu à la Festen, Desplechin opte plutôt ici pour un tableau très émouvant. Les sentiments habituellement inavouables sont exprimés d’une façon qui va bien au-delà du simple effet de style. Il se dit dans ce «conte» des choses d’une cruauté sans nom, d’autant plus implacables qu’elles charrient avec elles plusieurs niveaux d’interprétation. Souvent en porte-à-faux, les personnages sont continuellement remis en question par rapport à eux-mêmes. Et aussi par rapport aux autres.
La relation entre la mère et le benjamin, celui qui n’a pu «sauver» l’aîné, est dépeinte de belle façon et fait honneur au talent d’écriture du cinéaste. Liés par un désamour apparemment total (vraiment?), Junon (Deneuve) et Henri (Mathieu Amalric) partagent néanmoins une complicité qui leur permet de se balancer au visage leurs quatre vérités sans aucun effet dramatique. D’où cette absence de pathos, malgré la gravité du propos. La nature profonde des personnages est exprimée dans un contexte où le caractère outrancier de leurs gestes – et de leurs sentiments – emprunte pourtant des accents de vérité.
Soulignons enfin que ce film, admirablement bien conçu et dirigé, est aussi porté par une remarquable distribution d’ensemble. Tous les acteurs, d’Hippolyte Girardot à Chiara Mastroianni, en passant par Melvil Poupaud, Emmanuelle Devos, Anne Consigny et quelques autres, tirent en effet très bien leur épingle du jeu. Mathieu Amalric, véritable alter ego du cinéaste, offre de son côté une composition étonnante. Catherine Deneuve, impériale en matriarche au coeur de glace, trouve face à lui l’un de ses plus grands rôles des dernières années. Sa performance fut d’ailleurs saluée par le Prix spécial du 61e Festival de Cannes.
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UN CONTE DE NOËL
Comédie dramatique réalisée par Arnaud Desplechin.Avec Mathieu Amalric, Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Anne Consigny. 2h30.
Une famille rapplique à la maison familiale quand la mère reçoit le diagnostic de la même maladie qui a tué le fils aîné il y a plus de 30 ans…
Ce Conte de Noël s’inscrit dans la parfaite continuité d’une oeuvre singulière, construite sur la complexité des relations intimes et filiales. Un tableau très émouvant.