La Presse
L'arrivée de Daniel Craig dans la peau de James Bond, il y a deux ans, avait injecté une bonne dose de virilité au plus célèbre agent secret de l'histoire. Casino Royale marquait le début d'un temps nouveau. Or, sa suite directe, 007 Solace (Quantum of Solace), ne réussit pas à amener le personnage plus loin. Pire, il revient sous un très mauvais jour.
Pour avoir des couilles, le James Bond nouveau en a. Le plastique Roger Moore peut aller se rhabiller. Mais à trop vouloir en faire le bad boy d'une nouvelle génération, le réalisateur Marc Forster (Les cerfs-volants de Kaboul, Stranger than Fiction) et le co¬-
scénariste Paul Haggis l'ont presque complètement dénaturé.
Le 007 de ce nouvel opus, le 22e de la série, cogne, frappe, tue sans trop se poser de questions. Derrière cette rage, le désir de venger sa bien-aimée, Vesper Lynd, morte à Venise, à la fin de Casino Royale. Même sa patronne, M (Judi Dench), ne sait plus trop quoi penser. «Ayez l'obligeance de ne pas tuer tous les individus utiles à l'enquête...»
007 Solace reprend là où Casino Royale se terminait. Le film vient à peine de commencer que Bond en a plein les essieux, à bord de sa Aston Martin, poursuivi par des malfrats, sur une route de Sienne, en Italie. Quel¬ques instants plus tard, c'est sur les toits de la ville que Craig démontrera qu'il est le Bond le plus en forme, lors d'une poursuite à pied qui n'est pas sans rappeler les exploits d'un autre agent, Jason Bourne celui-là.
Qui dit Bond dit méchant de service, en l'occurrence Dominic Green (Mathieu Amalric), un impitoyable chef d'une mystérieuse organisation qui, sous le couvert de philanthropie écologique, cherche à faire main basse sur les réserves d'eau potable de la Bolivie, avec la complicité d'un dictateur. Tous les indices sur la mort de Vesper Lynd mènent à lui.
Bond n'est pas le seul à remonter le filon. La mystérieuse Camille (la mannequin ukrainienne Olga Kurylenko) n'est jamais loin derrière, à mener sa propre vendetta.
Fidèle à la formule exotique de la franchise, 007 bourlinguera entre l'Italie, l'Autriche, Haïti, la Bolivie et la Russie, au fil d'un chassé-croisé de bons et de vilains parfois confus, où les rebondissements dignes de ce nom se font aussi rares qu'un sourire dans la figure du héros. Entre deux (plus ou moins captivantes) séquences d'action, le spectateur a bien peu auquel se raccrocher.
Seule la soif de vengeance de Bond compte. Il devient tellement obsédé qu'il en oublie la gent féminine. Ses exploits amoureux se limitent à une seule scène, vite expédiée, avec l'évanescent agent Fields (Gemma Arterton). Il a peut-être des couilles, le Bond nouveau, mais il ne sait plus s'en servir...
Si une agréable surprise était au rendez-vous dans Casino royale, ce nouvel épisode (à 105 minutes, le plus court de l'histoire des Bond) s'avère au final une cruelle déception.
Et puis, qu'on le veuille ou non, un James Bond qui ne décline en aucun moment sa célèbre formule «Bond, James Bond» ne peut que laisser sur notre faim. Imaginez un instant Indiana Jones sans son feutre ou son fouet...
**1/2
007 Solace (Quantum of Solace)
Drame d'espionnage de Marc Forster
Avec Daniel Craig, Olga Kurylenko, Mathieu Amalric, Judi Dench, Giancarlo Giannini, Gemma Arterton et Jeffrey Wright
On aime : le jeu physique de Daniel Craig
On n'aime pas : le scénario qui ne casse rien, le 007 dénaturé et trop violent, ne pas entendre le célèbre «Bond, James Bond»