La Presse
Pas facile de succéder à un succès. Pas facile non plus de proposer un cinéma d’action de facture plus «réaliste» alors que le plus récent film de la trilogie Bourne a fait école dans ce domaine. Étrangement, le 22e opus de la série James Bond* souffrira probablement plus de la comparaison avec les films tirés des aventures du héros de Robert Ludlum que de celle avec Casino Royale, l’opus précédent dont Quantum of Solace (007 Quantum en version française) est pourtant la suite directe. Question de manière, d’ambition.
Évidemment, le cahier des charges est, quand même ici, bien respecté. Même si les artisans ont voulu se démarquer du folklore en supprimant gadgets, répliques célèbres (pas de «Mon nom est Bond»…) et boissons favorites (le martini est out), les admirateurs auront leur bonne dose d’adrénaline avec des scènes d’actions enlevées. Celles-ci sont d’ailleurs parfois montées d’une façon tellement frénétique que le spectateur en vient même parfois à perdre le fil…
Pour la première fois de l’histoire de la franchise, le récit reprend là où s’était terminé le film précédent. Voilà pourquoi il est important de se remémorer les grandes lignes de Casino Royale avant de plonger dans Quantum of Solace. Cela dit, les scénaristes (Paul Haggis, Neal Purvis et Robert Wade avaient aussi écrit le scénario de Casino Royale) semblent avoir été moins bien inspirés cette fois. Alors qu’ils avaient su réinventer le personnage de Bond en lui donnant une vraie épaisseur dramatique (à laquelle Daniel Craig a fait honneur avec brio), voilà qu’ils concoctent ici une histoire pour le moins alambiquée. Plutôt que d’explorer encore mieux les pistes qu’ils avaient eux-mêmes tracées, ils accouchent ici d’un récit anecdotique, lequel sert d’intermède entre les scènes d’action, spectaculaires il est vrai.
Du coup, les personnages semblent beaucoup plus fades. Mathieu Amalric, dans la peau du «vilain» de l’histoire, n’a finalement pas grand-chose à se mettre sous la dent. Malgré son caractère plus rebelle, la «Bond Girl» de service, Olga Kurylenko, n’est pas dessinée de façon très intéressante non plus. Même Bond, pourtant blessé dans son âme après la mort de l’amoureuse qui l’a trahi, apparaît plus pâle. Seule Judi Dench, qui reprend du service dans la peau de «M», parvient à écrire l’histoire de son personnage avec une grande économie de moyens, de par sa simple (et délicieuse) présence.
Il n’est pas dit non plus que Marc Forster était le meilleur choix pour mener à terme la réalisation de cette superproduction. Alors que Casino Royale – une grande réussite – était l’oeuvre d’un tâcheron (Martin Campbell), voilà qu’un cinéaste de première catégorie a plus de mal à se distinguer dans ce cadre particulier. Le réalisateur de Monster’s Ball éprouve en effet de la difficulté à trouver son rythme. Il a toutefois néanmoins pu tirer le maximum du scénario dont il disposait.
* Bien qu’étant produits à la faveur d’une faille légale qui a été réglée depuis, le Casino Royale de 1967 et Never Say Never Again (1983) ne font pas «officiellement» partie de la franchise.
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**1/2
Quantum of Solace
Drame d’espionnage réalisé par Marc Forster. Avec Daniel Craig, Judi Dench, Mathieu Amalric, Olga Kurylenko. 1h45.
Après avoir été trahi par une femme qu’il a aimée, James Bond part à la trace d’une organisation clandestine ayant des visées sur les ressources naturelles du monde.
Le scénario n’est pas à la hauteur du film dont il est la suite directe. Décevant.