Le dimanche 31 août 2008
Ce qu’il faut pour vivre: la maladie de l’exil
Le Soleil
La caméra de Benoît Pilon et la plume de Bernard Émond font de Ce qu’il faut pour vivre une œuvre qui va droit au cœur, judicieux mélange d’humanisme et de respect à l’égard de l’autre, cet étranger qui fait parfois si peur, surtout en ces temps d’accommodements raisonnables.
Terre de Baffin, 1952. Un Inuit dort paisiblement dans son campement, avec sa femme et ses deux fillettes, près d’une rivière. Instant de quiétude qui s’apprête à basculer dans l’inconnu et le drame. Atteint de tuberculose, Tivii, le père de ce clan (Natar Ungalaaq), est forcé d’aller se faire soigner dans un sanatorium de Québec.
Le choc culturel est immense. Tivii observe ahuri des lieux, des objets, des gens qu’il n’a jamais vus. Un extraterrestre tombé du ciel n’aurait pas été davantage décontenancé. Il s’étonne de ce drôle de siège blanc dans les toilettes, essaie de manger ses spaghettis avec une cuillère. Une infirmière (Éveline Gélinas) est la seule à lui démontrer un peu de compassion.
Loin des siens, incapable de communiquer, Tivii se sentira «plus seul au milieu des Blancs que perdu dans la toundra». Plutôt se laisser mourir, croit-il. L’arrivée d’un gamin inuit (Paul-André Brasseur), lui aussi tuberculeux, deviendra sa planche de salut, celui qui lui donnera une raison de s’accrocher pour qu’il puisse un jour retrouver sa famille.
Préservation des cultures
À l’ère de la mondialisation tous azimuts, Ce qu’il faut pour vivre se veut un plaidoyer pour la préservation des cultures. Créateurs sensibles, Pilon et Émond procèdent par petites touches, parfois avec un zeste d’humour (dialogue sur l’eau du robinet, les toilettes et les poissons) pour mieux faire passer leur message d’espoir. À ce récit bien huilé, il faut ajouter le rôle prépondérant joué par l’excellent Natar Ungalaaq. Une force tranquille, capable de faire passer l’émotion d’un seul regard.
Du cinéma intelligent, d’une sobriété efficace, qui constitue la première belle surprise de la rentrée automnale québécoise.