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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Montréal, 2010: par les effets de quelque désordre climatique angoissant, les bas quartiers de la métropole voient émerger de leurs sous-sols des quantités extraordinaires de truffes noires – variété de champignons particulièrement rare et prisée –, transformant du coup Hochelaga-Maisonneuve en une véritable mine. La truffe y devient la précieuse marchandise d’un commerce éparpillé et marginal lequel suit inévitablement les aléas de l’offre et de la demande. Alice et Charles (Céline Bonnier et Roy Dupuis), couple propriétaire d’un bouiboui de coin de rue, tâchent de s’arranger avec leurs ennuis financiers par la cueillette et la vente du produit tant convoité, jusqu’au jour où Charles, décidé à sauver le restaurant de la faillite, décroche un emploi d’appoint dans une mystérieuse manufacture de cols de fourrures, la maison des cols dirigée par une femme sinistre et guindée (Michèle Richard) où il se brasse de bien étranges affaires…
À partir de ces prémisses, farfelus mais à la limite plausibles, le jeune cinéaste Kim Nguyen (Le marais) a construit une sorte de fable surréaliste tenant à la fois de la comédie noire, du pastiche, de l’anticipation et de la science-fiction ; fable sur les nombreuses dérives de la société de surproduction et de surconsommation. Mais si Truffe passe un message, facilement assimilable et somme toute assez convenu, Nguyen n’a pas pris l’habit austère du moralisateur et nous offre un «film de divertissement» certes inhabituel mais fort efficace, réalisé avec une élégance et un goût sûrs malgré les inévitables contraintes budgétaires.
Sur la forme, il n’y a pratiquement rien à redire de cette belle et rare incursion du cinéma québécois dans les univers fantastiques. Sur le fond, on reprochera au scénario de Truffe, ici et là disséminés, des éparpillements et dérapages scénaristiques plus ou moins embarrassants, et ce dès l’apparition de créatures ridicules (mais voulues telles) semblables, littéralement, à de grosses chenilles à poils. On comprendra très vite la fonction de ces monstres, mais les explications seront maladroitement amenées et les révélations finales laisseront groggy, amusé mais dérouté et insatisfait, comme si Truffe oscillait entre l’intrigue classique, avec tenants et aboutissants, et le délire onirique où se succèdent des plans bien pensés et bien rendus, mais parfois sans grand soucis de cohésion.
Cela dit, Truffe témoigne d’un sens et d’un amour réels du cinéma de la part d’un auteur original et astucieux. Et l’enthousiasme évident investi par tous les artistes et artisans impliqués fait presque oublier les agaçantes imperfections de cette œuvre hors du commun. On retiendra, parmi ses morceaux de bravoure et ses moments d’anthologie, un duel à finir (à coups de planche cloutée) opposant Céline Bonnier à Michèle Richard. Attendons avec impatience le prochain Nguyen, La cité des ombres.
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TRUFFE. Comédie fantastique de Kim Nguyen. Avec Céline Bonnier, Roy Dupuis, Michèle Richard. 1h15
À Montréal, dans un avenir rapproché où la truffe pullule, un couple découvre les plans secrets et inquiétants d’une firme de cols en fourrure.
Film singulier, à part. Imparfait mais étonnant.