Le Soleil
Jules Verne n’en croirait pas ses yeux s’il pouvait voir les moyens incroyables déployés par Hollywood pour transposer ses livres au grand écran. Grâce à la technologie 3D, l’une de ses œuvres maîtresses, Voyage au centre de la Terre (v.f. de Journey to the Center of the Earth), renaît dans un environnement visuel étonnant. À l’opposé, le célèbre auteur lèverait peut-être les yeux au ciel de désespoir devant la minceur du scénario et des personnages de cette comédie familiale.
Les gamins des années 60 se souviendront peut-être de la vieille version de Henry Levin, mettant en vedette James Mason et le chanteur Pat Boone. On retiendra particulièrement cette scène où le colosse Hans (Peter Ronson) est assoiffé de vengeance après avoir vu sa cane Gertrude bouffée par le méchant comte Sakmussen, désireux de se mettre quelque chose sous la dent. Pauvre Gertrude, pauvre Hans…
Aucune trace du palmipède dans cette nouvelle mouture. En contrepartie, l’essentiel de l’œuvre de Verne subsiste, avec un univers souterrain peuplé d’une faune et d’une flore étranges, mystérieuses et souvent dangereuses.
C’est le très unidimensionnel Brendan Fraser qui campe le rôle principal, un professeur de géologie parti sur les traces de son frère disparu, après avoir découvert grâce à ses indications un passage menant au centre de la terre. Le scientifique est accompagné dans son expédition par son neveu de 13 ans (Josh Hutcheson) et une belle Islandaise (mauvaise Anita Brien), fille d’un explorateur qui a lui aussi cherché jadis une façon de descendre 20 000 lieux sous les terres.
L’expédition du trio donnera lieu à une cascade de péripéties, toutes plus tirées par les cheveux les unes que les autres. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le centre de la terre n’est pas une masse de magma en fusion. On y trouve des oiseaux phosphorescents, des champignons géants, des plantes carnivores, des poissons mangeurs d’hommes et, comme dans la version sixties, des dinosaures, dont un t-rex sorti tout droit du Parc jurassique.
Les utilisateurs de cellulaires seront aussi heureux d’apprendre, contrairement à ce qui se passe au quatrième sous-sol d’un stationnement intérieur, que les appels rentrent sans aucun problème à des centaines de kilomètres sous le plancher des vaches…
Ce premier long métrage d’Eric Brevig, superviseur des effets spéciaux de The Day After Tomorow, Pearl Harbor et Men in Black, vise essentiellement à en mettre plein la vue. En cela, Voyage au centre de la Terre atteint son but. On ne saurait trop vous recommander de voir le film en version 3D numérique (*). Il s’agit de la première fois que cette technologie est utilisée pour un film de fiction présenté ailleurs que dans une salle Imax.
Le résultat est impressionnant, particulièrement lors de la descente folle du chariot dans une mine désaffectée, qui n’est pas sans rappeler une séquence d’Indiana Jones et le temple maudit. Une partie des effets spéciaux sont le fruit du travail d’Hybride Technologies, une firme québécoise achetée cette semaine par le géant Ubisoft. Du beau travail qui épatera les tout-petits, mais qui risque de laisser, pour le reste, l’esprit des plus grands en rade.
(*) Contrairement à Imax, où les lunettes servent une fois et une autre, celles remises au spectateur pour Voyage au centre de la Terre prennent la direction des poubelles après une seule utilisation. Une totale aberration environnementale.
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* * 1/2
On aime : la qualité des effets spéciaux 3D
On n'aime pas : le scénario rachitique, les personnages sans âme (dont Brendan Fraser), que les lunettes 3D ne servent qu'une seule fois