La Presse
Affirmons d’entrée de jeu ceci: Le piège américain se distingue par le travail de réalisation franchement remarquable de Charles Binamé. Disposant de peu de moyens, le cinéaste mise ici davantage sur l’évocation d’une époque plutôt que sa reconstitution, maniant avec brio les textures, les atmosphères. Il va même parfois jusqu’à composer de fausses scènes d’archives dans lesquelles s’insèrent les personnages afin de donner au récit, paradoxalement, de beaux accents de vérité.
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Mais voilà . Encore une fois, on se retrouve avec un film dont le scénario n’est pas à la hauteur de la réalisation. On assiste ici au même cas de figure que celui qui avait marqué La ligne brisée présenté plus tôt cette année. Le constat est d’autant plus regrettable à faire que les auteurs Fabienne Larouche et Michel Trudeau, pour qui il s’agit d’une première incursion au cinéma, ont visiblement bien étudié leur sujet.
En plongeant dans les aspects les plus flous de la vie de Lucien Rivard, le célèbre criminel québécois, les scénaristes accouchent pourtant d’un récit purement anecdotique, devant lequel le spectateur, curieusement, reste indifférent. C’est d’ailleurs probablement là que se situe la plus grande frustration: jamais la fascination qu’éprouvent les artisans pour leur personnage ne traverse l’écran.
Nous laisserons aux spécialistes de la scène judiciaire le soin d’analyser la crédibilité du récit sur le plan historique, mais on ne peut pas reprocher aux auteurs d’avoir voulu combler les espaces vacants de la vie de Rivard pour pousser plus loin le caractère fictif de leur projet.
L’an dernier, Laurent Tirard s’était permis une fantaisie sur la vie de Molière en prenant pour prétexte les quelques mois où l’auteur du Misanthrope s’était perdu dans la brume pour mieux confondre ensuite les biographes. De la même manière, les scénaristes du Piège américain partent ici de faits connus de la vie de Lucien Rivard pour mieux explorer toutes les zones d’ombre qui les entourent. Deux choix s’offraient à eux. Ils pouvaient écrire un thriller dans la plus pure tradition du genre, dans lequel le personnage serait partie prenante d’une intrigue dont il aurait du mal à mesurer l’ampleur lui-même. Ou alors y aller à fond dans l’allégorie en faisant sauter les conventions du film biographique, un peu comme l’a fait – de façon géniale – Todd Haynes avec I’m Not There, le film inspiré du «personnage» Bob Dylan.
Or, Le piège américain se révèle être un thriller traditionnel... dans une forme un peu plus éclatée. Avec, de surcroît, une proposition qui, compte tenu du caractère classique de l’intrigue, jure sur le reste. On veut bien que Lucien Rivard ait été témoin, à sa façon, des grands événements qui ont secoué l’Amérique des années 60, mais de là à tenter de faire croire qu’il fut presque directement impliqué dans l’assassinat de John F. Kennedy, il y a ici un pas qui est difficile à franchir.
Les différents niveaux de langage et de jeu (gros décalage entre la narration et l’action) confèrent aussi parfois à l’ensemble un aspect bancal dont il peut difficilement se remettre.
Cela dit, Binamé parvient quand même, par la grâce de sa mise en scène, à proposer une remarquable évocation d’époque. Il tire par ailleurs aussi des comédiens des performances solides, notamment Gérard Darmon, qui en impose dans le rôle du caïd français Paul Mondolini, et Colm Feore, intrigant à souhait dans la peau de Maurice Bishop, un type au service des agences américaines.
Aussi, Rémy Girard donne à son Rivard l’autorité naturelle requise pour un personnage dont on dit qu’il fut l’un des premiers Canadiens français à faire son entrée dans l’histoire mondiale. Cette espèce de glorification du mythe Rivard crée par ailleurs un certain malaise.
À l’arrivée, ce Piège américain affiche d’indéniables qualités sur le plan cinématographique, mais il emprunte quand même toutes les allures d’un rendez-vous manqué. Dommage.
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**1/2
LE PIÈGE AMÉRICAIN. Drame biographique réalisé par Charles Binamé. Avec Rémy Girard, Gérard Darmon, Colm Feore, Janet Lane. 1h41.
Au début des années 60, un caïd québécois se retrouve malgré lui impliqué dans un complot visant à assassiner le président Kennedy.
Le scénario n’est pas à la hauteur de la réalisation.