Le jeudi 27 mars 2008
Up the Yangtze : les flots de la nostalgie
Sur le Yangzi
Le Soleil
Deux millions de personnes déplacées. Cent soixante sites historiques et archéologiques disparus. Des milliers de villages engloutis sous les eaux d’un
réservoir de plus de 1000 kilomètres carrés.
La construction du barrage hydro-électrique des Trois-Gorges, le plus imposant au monde, dans la province chinoise de Hubei, entraîne des dommages collatéraux qui dépassent l’imagination. Imaginez le Grand Canyon devenir un Grand Lac...
Dans le documentaire Up the Yangtze, le cinéaste sino-canadien Yung Chang, évite les statistiques et les comptes rendus factuels qui se cachent derrière ce projet pour embrasser à échelle humaine l’histoire de deux jeunes Chinois dont la vie sera radicalement transformée par la construction du barrage.
Alors que les eaux montent inexorablement, des croisières d’adieux sont organisées sur le mythique fleuve Yangtze. Des milliers de touristes, occidentaux pour la plupart, veulent contempler une dernière fois des lieux qui n’existeront plus d’ici un an.
Parmi les employés du navire Victoria, une adolescente de 16 ans et un jeune homme de 19 ans qui cherchent à gagner assez d’argent pour améliorer leur condition sociale.
Yu rêve d’aller à l’université. Ses parents, des paysans pauvres et analphabètes, sont forcés de quitter leur maison devant la montée des eaux. Ce travail d’employée aux cuisines est pour Yu la seule façon de pouvoir payer ses études.
L’ambitieux Chen Bo Yu, 19 ans, est fait d’un autre moule. Issu d’une classe moyenne et relativement à l’aise, il aspire à amasser le plus d’argent afin de se payer une vie de luxe. Son look, sa connaissance de l’anglais et ses talents de chanteur sont des atouts dans son jeu. Il sait repérer les touristes qui laissent les meilleurs pourboires. Chen Bo Yu est l’archétype des millions de jeunes Chinois qui aspirent à un mode de vie à l’occidentale.
Motus sur le Québec libre...
La caméra de Yung Shan remonte le fleuve et ses décors majestueux. Sur les rives, des balises indiquent jusqu’où l’eau montera. En parallèle, le spectateur suit l’évolution des deux personnages pendant trois mois.
On découvre la différence entre le discours officiel et le sort des millions de Chinois forcés d’abandonner leur maison sous la menace et les coups. Un homme, enclin à dire au début que tout va bien, finira par éclater en sanglots. «La vie des gens ordinaires est vraiment difficile...»
La vie à bord du navire permet aussi d’en apprendre davantage sur les codes de bienséance chinois à l’égard des touristes. «Quand vous parlez aux Américains, ne soyez pas trop polis, ils pourraient vous trouver faux. Ne parlez pas de l’indépendance du Québec. Évitez la situation en Irlande du Nord. Ne parlez pas de monarchie.»
Mis en nomination au Jutra du meilleur documentaire, Up the Yangtze est un hommage intelligent et sensible à une Chine qui cessera bientôt d’exister. «Même mon grand-père ne reconnaît plus sa Chine...», glisse Shan avec nostalgie, en épilogue.