La Presse
Le premier long métrage d’Yves Christian Fournier ne comporte pas beaucoup de dialogues. Rarement un film québécois aura-t-il pourtant été aussi éloquent dans sa façon de traduire à la fois l’impuissance, l’incompréhension, le malaise, la peine. Tant du côté de ceux qui choisissent de mourir que de celui qu’ils laissent derrière.
On ne nomme pas vraiment les choses dans Tout est parfait. On les ressent dans sa chair, dans son âme. Parce qu’on suggère plus qu’on ne montre. On évoque plus qu’on n’impose. À partir d’un point de départ rien de moins que saisissant.
En arpentant les points de repère habituels de sa petite ville de banlieue, Josh (Maxime Dumontier, remarquable) découvre un matin l’un des ses amis sans vie. Très vite, il apprendra que trois autres gars de sa bande se sont aussi enlevé la vie, dans le cadre d’un pacte de suicide dont Josh a visiblement été exclu. Chacune de ces mises à mort est montrée dans son âpreté, sa violence, sa souffrance. Ainsi dénué de tout élan romanesque, le récit pose ses assises en confrontant le spectateur à un contexte des plus réalistes. Que voilà une approche courageuse.
À cet égard, la démarche d’Yves Christian Fournier évoque celles qu’empruntent des cinéastes comme Gus Van Sant (Elephant, Paranoid Park) et Larry Clark (Kids, Ken Park). En portant à l’écran l’excellent scénario de Guillaume Vigneault, Fournier épure ainsi ses effets, se concentrant principalement à faire écho aux tempêtes intérieures des protagonistes. Sans ne jamais forcer la note.
Il est d’ailleurs là le vrai sujet du film. Plutôt que sur les suicidés, le récit s’attarde principalement aux dommages collatéraux que subissent ceux qui restent quand un proche décide de «soulager» le monde de sa propre présence. Avec des questions qui resteront à jamais sans réponses. Avec, aussi, la dévastation, la révolte. En se plaçant du côté des endeuillés, ce film propose avant tout une histoire de survie. Celle de Josh d’abord. Qui a le réflexe de se couper du monde en s’emmurant dans un silence que bien peu de gens parviendront à percer. Celles des parents des suicidés aussi. Dont le deuil est incommensurable.
Malgré – ou à cause de – la gravité du sujet, il n’y a ici aucun épanchement. La justesse du ton, du regard, est sidérante. Mis en scène avec intelligence et sensibilité, le film évite toute complaisance. Et montre des adolescents sans condescendance aucune, s’inscrivant ainsi en faux avec la représentation privilégiée habituellement par le cinéma populaire.
À cet égard, Fournier se révèle un directeur d’acteurs remarquable. Chez les adultes, on retiendra notamment la prestation de Normand D’Amour, bouleversant dans le rôle d’un père meurtri. Anie Pascale, qui se glisse dans la peau de la mère d’un autre disparu, marque aussi les esprits.
Cela dit, même si les personnages plus mûrs ne sont pas laissés pour compte, ce film est quand même principalement axé sur les ados. La jeune Chloé Bourgeois affiche un formidable tempérament dans le rôle de l’ancienne amoureuse de l’un des suicidés. Et Maxime Dumontier, qui porte pratiquement tout le film sur ses épaules, propose un jeu viscéral, très physique, superbe de violence contenue. Voilà un jeune acteur avec qui il faudra désormais compter très sérieusement.
Tout est parfait n’apporte aucune réponse. Il n’emprunte jamais non plus des accents de «fable morale» et ne porte aucun jugement. Il n’en devient que plus pertinent. Et se révèle, du coup, être l’un des films les plus puissants à avoir été produits chez nous au cours des dernières années. Chapeau.
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TOUT EST PARFAIT
Drame psychologique réalisé par Yves Christian Fournier.
Avec Maxime Dumontier, Chloé Bourgeois, Claude Legault, Normand D’Amour.
1h58.