Le samedi 22 décembre 2007
Charlie Wilson's War : autres temps, autres moeurs
Le combat de Charlie Wilson
La Presse
Les vieux routiers ont la cote. Après Sidney Lumet, un cinéaste qui, avec Before the Devil Knows You're Dead, a offert cette année son meilleur film depuis 10 ans, voilà que le vétéran Mike Nichols (The Graduate, Primary Colors) livre une chronique politique très fine, à la fois amusante et pertinente, magnifiquement bien écrite et bien réalisée.
Inspiré d'un bouquin qu'a publié George Crile il y a quelques années, Charlie Wilson's War relate les efforts que déploie un politicien démocrate en 1980 pour tenter de venir en aide aux rebelles afghans. Sa solution? Leur fournir des armes afin qu'ils puissent mieux combattre l'armée russe, laquelle a envahi l'Afghanistan quelques mois plus tôt.
Contrairement à tous les films sur la guerre qui ont été produits récemment (et qui se sont tous plus ou moins plantés au box-office), Charlie Wilson's War bénéficie d'un très grand luxe. La distance qui nous sépare de l'époque dans laquelle le récit est campé constitue en effet un atout de taille. L'état d'esprit était si différent que plus rien n'est désormais comparable, tant sur le plan des moeurs, de l'éthique, que des allégeances. Le scénario d'Aaron Sorkin, un auteur qui a notamment écrit bon nombre d'épisodes de la série The West Wing, ne rate évidemment jamais l'ironie de la situation. Cela dit, la démonstration n'est jamais trop appuyée non plus; le caractère satirique de cette histoire reposant déjà sur le décalage entre les deux époques. Bien que le film fasse souvent sourire, Charlie Wilson's War ne tombe jamais dans la farce grossière.
Plus qu'un drame politique dont on suivrait les moindres péripéties, Charlie Wilson's War se révèle être avant tout une formidable étude de moeurs, au centre de laquelle est placé un personnage fort attachant. Charlie Wilson (excellent Tom Hanks) a pu survivre dans le monde politique malgré sa vie de play-boy et sa consommation d'alcool. Amoureux de la féminité, il magnifie celles qui font partie de son entourage, tant dans sa vie personnelle que professionnelle. Ses talents de beau parleur lui valent en outre l'attention d'une dame de société dont le pouvoir économique est puissant (Julia Roberts). Cette dernière lui demande d'utiliser toute son influence afin que le Congrès américain change son approche par rapport au conflit, histoire d'aider les rebelles afghans. Pour ce faire, elle envoie même Charlie en émissaire auprès des différents intervenants, malgré le manque flagrant de sensibilité culturelle du politicien américain auprès de ses hôtes du Moyen-Orient.
Voilà un film qui se démarque par son ton, par son rythme, par la qualité du jeu des interprètes. Tom Hanks rend de façon remarquable le côté bon vivant du personnage. Il sait aussi faire écho au sens politique certain d'un homme qui, malgré les apparences, a pu mener à bien un dossier aussi important. De même, chaque apparition de Philip Seymour Hoffman, qui interprète un agent de la CIA, élève le récit d'un cran. Dans un rôle plus effacé, Julia Roberts sait par ailleurs aussi donner la bonne mesure.
Au-delà des performances d'acteurs, il faut ici souligner les qualités d'écriture et de mise en scène de ce film dont le récit trouve évidemment un écho avec la présente époque. Les alliés d'hier ne sont-ils pas devenus les ennemis d'aujourd'hui? Et qui est Rudolph Guliani, ce procureur qui veut jeter Wilson en prison pour une affaire de drogue?
***1/2
CHARLIE WILSON'S (V.F.: LE COMBAT DE CHARLIE WILSON)
Chronique politique réalisée par Mike Nichols.
Avec Tom Hanks, Julia Roberts, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams.
1h37.