La Presse
Le titre du nouveau film de Jean Becker dit tout. Dialogue avec mon jardinier, inspiré du roman de Henri Cueco, raconte un homme qui dialogue avec son jardinier. Un titre absolument fidèle, donc, au contenu de cette comédie humaine à échelle très, très humaine, justement.
En présence, deux personnages que le réalisateur a bien pris soin de ne pas rendre plus grands que nature. Il le fallait. Pour permettre l'identification. Ou l'empathie. Ou les deux. Et c'est en jouant la carte de l'humanité que le réalisateur des Enfants du marais et de L'été meurtrier parvient à faire mouche. À nous faire avaler une bonne rasade de sagesse rurale qui s'épanouit sur une toile où, en filigrane, se lit une critique du milieu intello-artistico-pincé-urbain.
Ce, sans qu'on trouve à rechigner. Au contraire, par moments, on aurait envie de se joindre à la conversation de ces deux hommes, rat des villes et rat des champs, qui n'ont, à première vue, rien en commun sinon qu'ils sont quinquagénaires.
Il y a le peintre (Daniel Auteuil), qui a fait carrière à Paris et qui, en voie de divorce, retourne vivre dans la maison où il a grandi. Dans un village, loin de toutes les mondanités et des comptes à rendre. Autour de cette maison, un jardin. À cultiver, à entretenir. Il engage, pour cela, un cheminot à la retraite (Jean-Pierre Darroussin) dont le jardinage est la passion.
Et rapidement, ils se reconnaissent. Ont été copains, autrefois, dans le temps. Ont fait des mauvais coups à l'école. Se sont perdus de vue. Ça s'appelle la vie. Ils se rappellent le bon vieux temps. En viennent à parler du présent. Du futur. La condescendance de l'un (devinez lequel?) fait bientôt place à un intérêt véritable. L'amitié fleurit et donne ses fruits comme le jardin.
C'est aussi simple que ça. Presque rien du tout. Et beaucoup en même temps.
Parce que le texte, malgré quelques lieux communs, est truffé de perles amusantes et belles. Parce que les deux acteurs en présence peuvent déployer là tout leur talent - et il est grand. Parce que la réalisation très classique de Jean Becker sert, en ce sens, leur propos et leur présence. Pas de distraction, donc.
En fait, les échanges entre M. Dupinceau et M. Dujardin, comme ils se surnomment mutuellement, sont à ce point savoureux que le dernier acte, plus dans l'action (enfin, en regard à tout ce qui précède) et dans le drame ce dernier acte, donc, même s'il est très touchant, semble moins maîtrisé au niveau du jeu et du texte. Comme si les deux comédiens avaient été lancés sans préavis dans un territoire plus escarpé. Une coda qui a un but, d'accord. Qui émeut. Mais on préférait nos hommes au jardin.
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DIALOGUE AVEC MON JARDINIER
Comédie de Jean Becker.
Avec Jean-Pierre Darroussin, Daniel Auteuil, Fanny Cottençon.