La Presse
L'expérience qu'a acquise la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette dans le domaine du film documentaire sert admirablement Le ring, un premier long métrage de fiction dans lequel elle affiche une impressionnante maîtrise.
Campé dans un milieu où règnent la pauvreté, la désolation et le désoeuvrement, le portrait qui est ici dépeint évite pourtant les écueils de l'épanchement, de la complaisance et du misérabilisme. Les (nombreux) pièges dans lesquels elle aurait pu tomber ayant été écartés, la jeune réalisatrice a le champ libre pour mettre en scène une histoire vibrante, ancrée dans le réel, qui comporte de magnifiques accents de vérité.
Porté par la présence remarquable de Maxime Desjardins-Tremblay, un ado que la cinéaste a repéré dans un endroit qui aurait pu servir de décor au film, le récit s'attarde à décrire la vie quotidienne d'un gamin de 12 ans qui s'accroche à son rêve de devenir lutteur professionnel. Jessy, qui assiste tous les vendredis au spectacle de lutte organisé dans le sous-sol d'une église du quartier, entretient l'espoir de pouvoir un jour monter sur le ring dans une ambiance survoltée. Or, la réalité dans laquelle Jessy est plongé, tout comme celle dans laquelle se débattent plusieurs de ceux qui composent le public de ces modestes spectacles de lutte, n'est pas très riche en promesses d'avenir.
La situation familiale de Jessy est en effet de plus en plus difficile à vivre. Sa mère (Suzanne Lemoine), toxicomane, quitte la maison. Son père (Stéphane Demers), complètement dépassé par les événements, n'est pratiquement plus en mesure d'assumer ses responsabilités. Son grand frère (Maxime Dumontier) a des problèmes de délinquance. Sa soeur (Julianne Côté) commence par ailleurs à utiliser sa féminité naissante pour tenter de se sortir de sa misère.
Anaïs Barbeau-Lavalette, qui porte à l'écran un scénario écrit par Renée Beaulieu, fait écho à la force intérieure d'un petit homme dont on devine qu'il prendra très bientôt son destin en main. Bien qu'elle jette un regard compatissant envers ses personnages, la réalisatrice ne force jamais le trait. Elle n'enjolive pas non plus son tableau au profit d'un sentimentalisme condescendant. L'émotion n'est ainsi jamais offerte en spectacle, naissant plutôt d'un courant d'empathie qui, forcément, s'installe peu à peu.
La cinéaste parvient aussi à maintenir une unité de ton qui paraît pourtant plus fragile au départ. Les acteurs plus "expérimentés" semblent en effet avoir eu un peu plus de mal à trouver leurs marques alors que les "novices" sont tout simplement criants de vérité.
Si le récit est porté à bout de bras par le jeune Desjardins-Tremblay (il sera intéressant à suivre, celui-là), il reste que les personnages périphériques, notamment ceux faisant partie de la famille immédiate, sont aussi bien dessinés. Et bien joués. La dynamique entre Jessy et son grand frère donne en outre lieu à des moments très forts sur le plan dramatique.
À l'arrivée, le conte urbain que nous offre Anaïs Barbeau-Lavalette épouse la forme d'un hymne à un quartier dans lequel s'agitent des battants sur qui la vie cogne parfois très dur, trop dur.
Le ring révèle aussi le talent d'une jeune cinéaste qui, à l'évidence, ne veut pas filmer pour ne rien dire. Et encore moins pour ne rien faire.
*** 1/2
LE RING
Chronique sociale réalisée par Anaïs Barbeau-Lavalette.
Avec Maxime Desjardins-Tremblay, Maxime Dumontier, Julianne Côté, Stéphane Demers.