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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Avec Into the Wild, Sean Penn signe un film profondément émouvant, qu'on sent tout à fait honnête malgré ses maladresses et ses égarements; un film qui va sans aucun doute remuer le coeur de tous ces gens, jeunes ou vieux, qui, pour toutes sortes de raisons, ont voulu fuir la vie de famille et les turpitudes de l'ordinaire pour se retrouver seuls, enfin seuls, loin de la cacophonie urbaine, loin du chaos de la société et, enfin, découvrir une nature et une simplicité difficilement accessibles à notre époque.
Into the Wild est l'histoire d'une quête intérieure, celle de Christopher McCandless, jeune homme de bonne famille à l'âme romantique qui laisse tout tomber, études, parents et amis, pour partir seul avec son sac à dos, sans le sou et sans voiture, sur les routes de l'Amérique. Son but ultime: se rendre en Alaska et y apprendre à la dure les rudiments de ce qu'il croit être «la vraie vie». Le film s'inspire d'un fait vécu, qui a fait l'objet d'un livre de Jon Krakauer.
Passant de l'Arizona au Dakota en cours de route, Christopher, qui veut maintenant se faire appeler Alexander Supertramp, croisera une impressionnante variété de personnages tous plus pittoresques et chaleureux les uns que les autres; des gens bienveillants qui accepteront de l'aider en l'hébergeant, en lui offrant de quoi se nourrir, en lui proposant de le conduire en voiture. Parmi ces énergumènes, il croisera un couple de hippies, toujours accrochés à la bohème, un jeune agriculteur qui lui fera connaître les joies du travail dans les champs et un retraité célibataire et aigri qui verra en lui le fils qu'il n'a jamais eu.
Christopher sera donc éventuellement reconduit dans les steppes sèches et froides de l'Alaska et trouvera refuge dans un autobus abandonné qu'il baptisera le «magic bus».
Sean Penn sait faire des films. Et s'il use et abuse ici de certains effets (ralentis inutiles, gros plans intempestifs, narration parfois superflue, musique appuyée), il a l'oeil pour rendre sur pellicule les beautés de la nature sauvage et celles, insoupçonnées, de l'Amérique profonde.
Par son ton, Into the Wild rappelle un peu le Straight Story de David Lynch, dans lequel un vieillard traversait l'Amérique en tracteur, croisant au hasard des gens étonnamment sympathiques et bienveillants. Penn évite tout cynisme, propose des personnages d'une grande humanité, refuse le désespoir ou l'amertume.
Son film est long (2h30), ponctué d'effets de style un peu agaçants, mais il est beau et grand, porté par d'excellents acteurs: Emile Hirsch dans le rôle principal, la touchante Catherine Keener en hippie égarée et le vieux Hal Holbrook qu'on ne voyait plus. Rien d'un chef-d'oeuvre, mais une expérience vraiment grisante.
*** 1/2
INTOÂ THE WILD (V.F.:Â VERS L'INCONNU)
Drame de Sean Penn.Â
Avec Emile Hisch, Marcia Gay Harden, Catherine Keener, William Hurt.