La Presse
Alors voilà enfin ce Mesrine dont on a tant entendu parler. Sorti depuis deux ans en France, le premier volet du diptyque de Jean-François Richet arrive au Québec précédé d’une certaine réputation (trois Césars) et d’un intérêt particulier pour nous, puisque la moitié du film se déroule ici, avec des comédiens locaux comme Roy Dupuis et Gilbert Sicotte.
Est-ce que cela valait la peine de patienter? Probablement. Jacques Mesrine reste un «cas» dans l’histoire du Québec moderne, où il a accumulé pas moins de trois meurtres, un enlèvement, une évasion, une attaque de prison spectaculaire et des dizaines de braquages entre 1968 et 1972. Il n’était que logique que le film sorte sur nos écrans. Et puis bon, avec toute cette action, le résultat est loin d’être ennuyant...
Inspiré de l’autobiographie du même nom, L’instinct de mort raconte la naissance du mythe Mesrine, de ses premiers méfaits pendant la guerre d’Algérie jusqu’au meurtre de deux garde-chasse dans une forêt des Cantons de l’Est. Entre les deux: des crimes sordides, des femmes battues, des coups de poker, des vols par effraction, de la racaille interlope, des parents impuissants et des enfants privés d’un père qu’ils ne verront que derrière les barreaux.
À peu de choses près, le portrait de Richet épouse celui que faisait Mesrine de lui-même: celui d’un flambeur et tueur de sang froid, à la fois royal et ultra-violent. C’est un choix comme un autre. Mais on regrette que le réalisateur se soit abstenu de donner son point de vue. Évitant de juger, Richet colle au livre de Mesrine sans faire la part des choses. Sans interpréter, ni expliquer les motivations de l’homme derrière le criminel.
Brillant dans la peau (trouée) de l’ennemi public numéro 1, Vincent Cassel compense en partie pour ce bémol. Même si la caricature n’est jamais loin, l’acteur livre une performance aussi tranchante qu’une lame de surin dans le flanc d’un maquereau de bas étage. Mais sa prestation ne répond toutefois pas à l’ultime question: Mesrine était-il un rebelle, un bandit rocambolesque ou un simple psychopathe? Ici encore, à chacun d’y voir ce qu’il veut.
Le reste du casting est à la hauteur. Cécile de France, séduisante dans le rôle de Jeanne la compagne extrême, Gérard Depardieu, envoûtant dans celui du mafieux Guido, père spirituel de Mesrine, Roy Dupuis, égal à lui même sous les traits de Jean-Paul Mercier le complice québécois ou Michel Duchaussoy, touchant dans le rôle du paternel dépassé par les frasques de son fils, complètent bien la galaxie Mesrine.
Loin d’une étude psychologique, le résultat reste malgré tout au premier degré. Et ce qui aurait pu être un fascinant séjour dans le cerveau de Jacques Mesrine ne s’avère au final qu’un solide film de gangsters, au rythme soutenu et à la mise en scène maîtrisée, incontournable pour qui aime le genre «violence et fusillades».
Lancé le 27 août, le second volet des aventures mesriniennes (L’ennemi public No. 1) est, à ce qu’on dit, meilleur que L’instinct de mort. Sachant comment se terminera cette histoire sanglante, on sait d’office qu’il sera aussi violent, sinon plus. Amateurs de poésie s’abstenir.
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*** 1/2
MESRINE, L’INSTINCT DE MORT
Film biographique de Jean-François Richet avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu, Gilles Lellouche, Roy Dupuis, Gilbert Sicotte
Premier volet du diptyque sur le bandit Jacques Mesrine, inspiré de son autobiographie L’instinct de mort. Braquages, meurtres et vive le Québec prisonnier!
Un bon film de gangsters. Mais on cherche le point de vue du réalisateur.