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Aleksi K. Lepage |
La Presse
Souffrez-vous de quelque fragilité cardiaque ?
Procurez-vous un cœur en plastique, parfaitement fonctionnel, offert par les laboratoires de The Union, vaste entreprise spécialisée dans la fabrication et la distribution d’organes de synthèse. Mais le service n’est pas gratuit. Faites des économies et assurez-vous de payer à temps.
The Union ne fait pas de cadeau: les retardataires et les endettés recevront assez vite la visite de "repreneurs", chirurgiens patentés dont le sale boulot consiste à extirper de vos entrailles, à froid ou presque, l’organe emprunté. Des huissiers, en somme. On les appelle les Repo Men.
Remy et Jake (Jude Law et Forest Withaker, duo «bon cop, bad cop») s’appliquent à cette tâche ingrate avec un enthousiasme cynique («On fait notre job, c’est tout») sous les ordres d’un patron véreux (l’excellent Liev Schreiber, encore dans un rôle secondaire). Jusqu’au jour où Remy, après un accident, se retrouve lui-même porteur d’un organe de location.
La suite est fort complexe, on peine à suivre, mais on aura droit à quelques scènes de combat admirablement chorégraphiées (empruntées au cinéma asiatique), à des plans tétanisants dans les laboratoires aseptisés de The Union (plans qui ramènent à Kubrick) et à un final désespéré, hommage évident au Brazil de Terry Gilliam.
On pense aussi à Gattaca, Dark City, Strange Days ou Children of Men. Beaucoup de clins d’œil, donc, mais de nobles références.
Repo Men, adaptation d’un roman d’Eric Garcia, court dans tous les sens, comme un chien fou qui s’essouffle en vain.
Ce film bâtard, au look bédé, réalisé par un inconnu (Miguel Sapochnick), qui mélange science-fiction, anticipation, cyberpunk, gore, propos social et humour décalé, demeure un grand spectacle de pur divertissement, et un objet original dans le plat paysage du cinéma fantastique envahi par la mauvaise herbe des remakes et des suites.