La Presse
La merditude des choses porte bien son nom. Il y est question de merde, au propre comme au figuré.
«Mon père dépensait chaque semaine son salaire de facteur dans les bars de la ville. C’était sa façon de nous protéger des tentations du capitalisme», dit d’emblée le narrateur, Gunther Strobbe, écrivain à l’aube de la trentaine.
Humour noir à tendance scato pour une tragicomédie qui valse entre le drame et le burlesque. Le Belge Felix Van Groeningen a tiré ce récit initiatique, sympathiquement trash, d’un roman autobiographique de Dimitri Verhulst.
On y suit le parcours rempli d’embûches de Gunther, un adolescent flamand de 13 ans qui vit chez sa grand-mère avec son père alcolo et ses trois oncles, tous plus fainéants et ratés les uns que les autres.
Les années 80 sont grises en Flandre, les coupes Longueuil en évidence, le «karnaval» perpétuel. Le clan des Strobbe, sans le sou et imbibé d’alcool, est soudé dans ses grivoiseries et son amour immodéré pour Roy Orbison.
Le père de Gunther fait un facteur alcolo moins rigolo que celui de Bienvenue chez les Ch’tis, pour un film, présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, aux antipodes de la comédie de Dany Boon.
Le résultat est probant, même si l’on se lasse, à force, de la structure en allers et retours entre l’enfance et l’âge adulte. Gunther, devenu un écrivain au visage anguleux, sombre dans le cynisme. Comme ce film qui s’essouffle un peu à l’arrivée.