La Presse
Tiré d’un roman à connotation politique qu’a publié Robert Harris il y a quelques années, The Ghost Writer est avant tout un thriller.
Roman Polanski avait envie de retrouver le genre après avoir offert des œuvres plus «classiques». Même s’il n’atteint pas ici le niveau de Chinatown, le réalisateur de The Pianist ne déçoit pas. Son nouveau film captive, tant dans la manière que dans le propos.
Ewan McGregor incarne un auteur embauché pour coucher sur papier les mémoires d’un ancien premier ministre britannique, «réfugié» aux États-Unis depuis la révélation de faits troublants sur la participation de la Grande-Bretagne à la guerre en Irak. La situation se corse quand le jeune homme découvre qu’un autre écrivain fantôme, embauché pour exercer la même fonction, est mort dans des circonstances nébuleuses.
Prenant cela comme point de départ, Polanski mène son récit d’une main très sûre afin d’en dévoiler progressivement les zones d’ombre. Un peu à la manière d’Hitchcock, il oppose la sincérité d’un homme «ordinaire» aux turpitudes d’une machination qui le dépasse.
Les atmosphères sont riches, la musique (Alexandre Desplats) est au diapason, et le cinéaste ne se gêne pas pour parsemer son film de touches d’humour typiquement polanskiennes qui font mouche à chaque fois.
Dès son arrivée en Nouvelle-Angleterre, dans le domaine où l’ex-premier ministre Adam Lang (Pierce Brosnan) a trouvé refuge, l’auteur voit bien que quelque chose ne tourne pas rond. La paranoïa s’accentue au fil de deux enquêtes parallèles que doit mener le biographe.
D’un côté, ce dernier essaie de comprendre la servilité du gouvernement qu’a dirigé Lang envers Washington, toute ressemblance avec Tony Blair et George W. Bush n’étant évidemment pas fortuite. De l’autre, l’auteur tente d’éclaircir les circonstances de la mort de son prédécesseur.
Pratiquement pris en otage dans cet endroit reclus, l’écrivain fantôme doit discerner ses alliés de ses ennemis parmi l’entourage du politicien déchu. Il en résulte un jeu fascinant, livré par de remarquables acteurs. Outre les deux protagonistes, Olivia Williams, Tom Wilkinson et Kim Cattrall offrent de très belles compositions.
Polanski affichant sa belle forme de cinéaste, de magnifiques traits de mise en scène viennent ponctuer le récit. Dommage qu’un coup de théâtre appuyé vienne presque gâter la sauce à la fin.