Le jeudi 11 mars 2010
Green Zone : zone chaos
La Presse
Même si The Hurt Locker a récemment triomphé aux Oscars, les films évoquant la guerre en Irak ont eu du mal à se faire valoir. Ceci n’empêche pas Paul Greengrass, révélé sur la scène mondiale il y a huit ans grâce au percutant Bloody Sunday, de s’y mettre à son tour. Portant à l’écran un scénario que Brian Helgeland (Mystic River) a écrit en s’inspirant du livre Imperial Life in the Emerald City (rédigé par le reporter du Washington Post Rajiv Chandrasekaran), le réalisateur de United 93 plonge dans le bourbier irakien provoqué par l’offensive de l’armée américaine en 2003.
Au moment où l’officier Troy Miller (Matt Damon) débarque en Irak, l’opération «shock and awe» («choc et effroi»?) bat son plein. Sa mission? Trouver les fameuses armes de destruction massive qu’aurait cachées Sadam Hussein partout sur le territoire de son pays, prétexte sur lequel s’est appuyé le gouvernement américain pour mettre de l’avant sa politique d’occupation. Or, chaque mission résulte en un échec. Au point où Miller commence à douter sérieusement des preuves «irréfutables» recueillies par les agences de renseignement. Ses soupçons s’accentuent quand les autorités sur place accusent une fin de non recevoir à ses prétentions. L’implantation d’un système démocratique à l’occidentale en Irak demeure l’ultime priorité.
Greengrass utilise ici la technique qui lui a si bien servi dans ses films à teneur plus réaliste. Sa caméra est fébrile, hyper nerveuse, et sa mise en scène est modulée sur une tension constante, toujours sur le fil du rasoir. Visiblement, le parti pris du cinéaste est d’entraîner le spectateur au coeur du chaos sans nécessairement faire écho à la nature de la mission, ni se fondre en explications sur le pourquoi du comment. La première heure du film est exemplaire à cet égard car elle emprunte presque les allures d’un reportage documentaire. Et invite le spectateur à découvrir les enjeux supérieurs en même temps que le protagoniste. Captivant.
Au fur et à mesure que le récit progresse et qu’avance l’enquête de Miller, on assiste toutefois à un changement d’approche qui, dans les circonstances, ne sert plus tout à fait bien le film. S’étant révélé efficace dans les scènes d’action en réalisant les deux derniers volets de la trilogie Jason Bourne, Greengrass propose dans la dernière partie du film une sorte d’apothéose relevant plus du thriller que du film politique. En regardant Matt Damon s’agiter de la sorte, on ne peut alors s’empêcher de penser que Jason Bourne est devenu soldat. Et qu’il est en mission en Irak…
Green Zone (La zone verte en version française.) tente alors de se maintenir en équilibre entre le film de guerre de facture réaliste, et le film d’action plus classique. Ça jure un peu.
Cela dit, le grand mérite de Paul Greengrass est de nous exposer sans démagogie les ratés d’une guerre vendue aux Américains sous de fausses représentations. Et c’est diablement efficace.
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***1/2
GREEN ZONE
Drame de guerre réalisé par Paul Greengrass. Avec Matt Damon, Jason Isaacs, Amy Ryan, Greg Kinnear. 1h54.
Au moment où l’on cherche en Irak des armes de destruction massive sans les trouver, un officier de l’armée américaine tente d’en savoir plus…
Un retour sur les débuts de la guerre en Irak et ses ratés… Efficace.