Le jeudi 11 mars 2010
Les mots gelés : perdu dans le même décor
La Presse
Au 16e siècle, le grand Rabelais avait imaginé pour le Quart Livre les «paroles gelées» d’une guerre ancestrale, que Pantagruel et sa bande découvraient en voyage. Difficile de ne pas y penser en voyant Les mots gelés, premier long métrage d’Isabelle D’Amours, où l’on voit Charles (Pierre-Luc Brillant) emprisonner dans des cubes de glace au frigo toutes ces paroles qu’il est incapable de formuler à son entourage, notamment à sa mère, qui a perdu la raison, et la parole, à sa naissance. En voilà une guerre ancestrale...
Là s’arrête le parallèle, tant il n’y a absolument rien de rabelaisien dans ce film forcément silencieux, et sombre, malgré l’éclatante blancheur de l’hiver. Charles, professeur dans une école secondaire ou travaille son père (Jacques Godin) avec qui bien sûr il ne s’entend pas, est dépressif, et quelque peu déconnecté d’une réalité qu’il fuit par la médication ou la rêverie. Il se demande s’il ne va pas finir gelé-comme-Walt-Disney (clin d’oeil à Au clair de la lune de Forcier), ce qui le pousse à abandonner son traitement, et à tenter une ultime réconciliation avec cette mère figée comme un glaçon.
Un univers désespéré, soit, mais désespérant aussi, dans lequel des acteurs de talent dérivent interminablement, coincés avec des dialogues qui sonnent faux. La réalisatrice ne parvient pas à enrober cette bonne idée d’un peu de chair, préférant une épuration qui nous mène à l’anémie. Charles ne ressent rien, et nous non plus. Reste ce parti pris pour l’hiver, qu’on ne voit pas assez au grand écran québécois, et qui mériterait parfois un peu plus de chaleur dans l’imaginaire collectif.