Le jeudi 4 mars 2010
Les signes vitaux : douces morts
La Presse
Dans ce très beau film, la réalisatrice Sophie Deraspe utilise essentiellement le langage des corps. Qu’elle filme de manière frontale, sans pudeur ni complaisance. Corps vieillissants, malades, mutilés, fatigués de trop de douleurs. Son film aurait pu être triste et déprimant comme le monde; il déborde au contraire de vitalité.
Les signes vitaux affiche un aspect totalement fictionnel, mais il émane de ce film des accents d’authenticité – et une rigueur – habituellement associés à la forme documentaire. Le fait que les acteurs professionnels – tous excellents – soient disséminés parmi des inconnus pour tisser la galerie de personnages ajoute à cette impression de vérité.
Au coeur du propos, les interrogations d’une jeune femme face à la vie. Et à la mort surtout. Le processus est déclenché lorsque Simone (Marie-Hélène Bellavance) perd sa grand-mère. Qui lui a tout légué. Plutôt que de retourner poursuivre ses études à Harvard, la jeune femme décide de faire du bénévolat au centre de soins palliatifs où sa grand-mère a terminé sa vie. Les relations qu’elle entretient avec les patients l’habitent au point où elle consacre désormais presque tout son temps à sa nouvelle activité. Sa relation avec son amoureux Boris (Francis Ducharme) est mise en péril. Une transformation s’opère. Importante. Simone entame l’un des moments charnières de sa vie en côtoyant des mourants. Qui ne perdent rien de leur nature, ni de leur lucidité, pas plus que, parfois, leur sens de l’humour. Même désespéré. Des intermèdes incongrus, tirés d’un spectacle de variétés improbable, font sourire. Tout comme de petites touches quasi surréalistes tirées du quotidien.
Aucun malaise dans la manière. Sophie Deraspe pose un regard franc mais respectueux, dénué de tout élan voyeuriste. Qu’elle montre les images d’une vieille personne à qui l’on fait sa toilette, ou celles de deux jeunes corps qui convergent l’un vers l’autre, la réalisatrice s’attarde avant tout à la grande humanité qui émane de ces situations.
Marie-Hélène Bellavance, une artiste issue du monde des arts visuels et de la danse, porte bellement ce film dans lequel elle fait ses premières armes à titre de comédienne.
De son côté, Sophie Deraspe s’impose ici comme une cinéaste pertinente et inspirée. Et confirme les espoirs placés en elle depuis Rechercher Victor Pellerin, son premier long métrage.
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***1/2
LES SIGNES VITAUX
Drame réalisé par Sophie Deraspe. Avec Marie-Hélène Bellavance, Francis Ducharme, Danielle Fichaud, Danielle Ouimet. 1h27.
Une jeune femme décide de devenir bénévole dans le centre de soins palliatifs où vient de mourir sa grand-mère plutôt que de poursuivre ses études à Harvard.
Un film vivant, à l’ombre de la mort.