La Presse
Le pays des merveilles que Lewis Carroll a imaginé pour Alice était fait pour recevoir Tim Burton. Et si ce n'était d'un troisième acte qui transforme ce délire psychédélique et subversif en une confrontation finale rappelant trop celles de The Lord of The Rings, de Chronicles of Narnia et autres Golden Compass, Alice in Wonderland aurait été la clé parfaite. Celle qui donne un accès illimité à la magie éminemment originale d'Underland.
Underland? Oui. Selon Tim Burton et sa scénariste Linda Woolverton (qui aime les héroïnes fortes: on pense à Mulan et à The Beauty and the Beast), quand Alice, enfant, est tombée dans le terrier du Lapin blanc, elle a mal compris le nom du monde où elle avait atterri. C'était Underland et non Wonderland, découvre-t-on ici. Et elle aussi lorsque, maintenant âgée de 19 ans, elle y retourne après s'être fait imposer un fiancé qui n'est pas fait pour cet esprit libre coincé dans la société victorienne.
Alice, incarnée par une Mia Wasikowska parfaite pour le rôle (elle sait transmettre le côté légèrement décalé du personnage et faire sentir la bulle dans laquelle évolue cette Alice souvent «dans sa tête»), ne se souvient pas de son premier passage à Wonder/Underland.
Mais ses habitants, eux, ne l'ont pas oubliée : tous l'espèrent ou la craignent, du Chapelier fou (Johnny Depp, merveilleusement tragicomique dans une nouvelle composition de ces êtres marginaux qu'il sait si bien rendre) à la Reine rouge (Helena Bonham Carter dans une brillante composition entre la Reine de coeur d'Alice in Wonderland et la Reine rouge de Through the Looking Glass) en passant par la Reine blanche (glaçante Anne Hathaway), le valet de coeur (étonnant Crispin Glover), les jumeaux Tweedledum et Tweedledee (attachant Matt Lucas), l'énigmatique chat du Cheshire (délicieux Stephen Fry), la chenille bleue qui, oui, fume comme un pompier même chez Disney (Alan Rickman, jamais autrement parfait), le Lapin blanc (excellent Michael Sheen), etc. Parce qu'ils sont tous là, connus et moins connus d'un public surtout familier avec le dessin animé produit en 1951.
Pour rendre cet univers où le bizarre et l'étrange sont omniprésents, Tim Burton s'est amusé avec tous les outils nécessaires à mettre sur pellicule le fruit de son imaginaire baroque et gothique : d'acteurs interagissant réellement à l'animation pure en passant par le tournage sur écran vert, l'utilisation de caméras spéciales (pour grossir la tête de la Reine rouge) et de techniques plus terre-à-terre (échasses, maquillages, etc.); et le transfert du 2D (au tournage) au 3D (pour le final), le cinéaste s'est éclaté.
Ce, en bonne compagnie: le génial Ken Ralston à la supervision des effets spéciaux, la très inspirée Colleen Atwood aux costumes, Danny Elfman a la trame sonore, Dariusz Wolski à la direction photo, Robert Stromberg à l'exceptionnelle conception visuelle.
Le résultat n'est pas une immersion à la Avatar – ce n'est pas le but de l'exercice – mais une glorification du bancal, de la disproportion et de l'étrange. Le «faux» est ici mis dans un écrin, est tendu aux spectateurs qui ne perdent jamais de vue la «vraie» nature d'Underland; et a été fabriqué dans un matériau au départ destiné aux enfants.
De quel âge? LA question, toujours. Quelques scènes peuvent ébranler certains des plus jeunes. Le comportement imprévisible du Chapelier fou (surveillez les changements de son teint, de ses yeux et même du noeud dans le foulard qui entoure son cou: trop cool!) aussi. Bref, aux parents – qui connaissent leur progéniture - de juger. Cet Alice in Wonderland très «burtonien» est incontestablement un cas de cas par cas.
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ALICE IN WONDERLAND (V.F.: ALICE AU PAYS DES MERVEILLES)
Conte fantastique de Tim Burton. Avec Mia Wasikowska, Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Anne Hathaway. 1h48
Alice a maintenant 19 ans et au moment de se faire imposer un fiancé, elle suit le Lapin blanc jusqu'à Wonderland – dont elle a tout oublié.
Un délire «burtonien» livré par une distribution et un visuel impeccables. Mais le troisième acte transforme cette histoire subversive en un énième combat entre le Bien et le Mal.