Le samedi 13 février 2010
Bons baisers de Paris: des agents peu spéciaux
Le Soleil
Fort du succès remporté l'an dernier par le médiocre Taken (L'enlèvement) - plus de 220 millions $ au box-office mondial - le cinéma français récidive dans le film d'action grand public à la sauce américaine. Bons baisers de Paris (v.f. de From Paris with Love), encore une fois réalisé et produit par Pierre Morel et Luc Besson, arrive toutefois trois coches en dessous.
Après Liam Neeson, au tour d'un John Travolta au crâne d'oeuf d'accepter de jouer l'agent bien peu secret débarquant dans la Ville lumière avec ses gros bras et ses gros sabots. Devant l'urgence de la situation, Charlie Wax sera forcé de faire équipe avec un apprenti espion plutôt naïf, James Reece (Jonathan Rhys Meyers, vu dans Match Point, de Woody Allen), secrétaire de l'ambassade américaine à Paris et amoureux d'un pétard (Kasia Smutniak) qui n'est pas celle qu'il croit.
Dans la plus pure tradition du buddy movie, où deux flics apprennent à surmonter leurs différences pour réussir une mission, Wax et Reece fraterniseront au gré des cadavres qu'ils laisseront derrière eux. Au contact de son mentor macho, le jeune Reece apprendra à passer par-dessus ses principes de jeune espion cherchant à monter dans la hiérarchie sans avoir à faire couler le sang.
Méthodes peu orthodoxes
En ce domaine, Charlie Wax a depuis longtemps fait ses classes. Les délégués américains en visite à Paris pour un important sommet sur l'Afrique ne le savent pas encore, mais ce dur à cuir travaille fort pour trucider les terroristes avant qu'ils leur préparent un attentat suicide en guise de cadeau d'accueil.
Autant James Bond est capable de classe et de raffinement, autant Wax s'avère un espion aux méthodes peu orthodoxes, mec balourd, raciste et misogyne qui adore se farcir de la canaille au petit déjeuner. Oubliez le Sean Connery de From Russia with Love, ce From Paris with Love est aussi subtil qu'une tonne de briques. Fusillades interminables, explosions, poursuites en bagnoles, batailles, c'est le grand jeu pour ramollir les cerveaux et abrutir par la violence.
Avec son sentimentalisme ridicule et ses dialogues pour lobotomisés, cette pâle et risible copie des productions d'action hollywoodiennes joue à plein sur les stéréotypes culturels. Tout est gros, à commencer par les méchants de service, tous Asiatiques dealers de coke, petits magouilleurs arabes de banlieue, musulmans barbus et extrémistes capables d'endoctriner la femelle à la cause d'Allah.
On cherche encore pourquoi Travolta s'est commis dans cette galère, sinon pour le pognon. À moins que ce ne soit pour faire un clin d'oeil à Pulp Fiction et bouffer un «Royal with cheese»... Si c'est le cas, un court-métrage (ou une pub) aurait amplement suffi.
Au générique
Cote : * 1/2
Titre : Bons baisers de Paris (From Paris with Love)
Genre : comédie policière
Réalisateur : Pierre Morel
Acteurs : John Travolta, Jonathan Rhys Meyers, Kasia Smutniak et Richard Durden
Classement : 13 ans
Durée : 1h32
On aime : certains passages rythmés
On n'aime pas : voir les Français perdre leur âme à faire des films américains, les stéréotypes, les scènes de violence répétitives, les dialogues insignifiants