Le Soleil
Le moins qu'on puisse dire, c'est que Daniel Grou, alias Podz, n'a pas choisi le chemin le plus fréquenté pour son premier long-métrage. Le talentueux réalisateur de la télésérie Minuit, le soir s'accapare le roman éponyme de Patrick Senécal, Les sept jours du talion, pour livrer un film coup de poing qui laisse K.-O. à l'arrivée.
Que les âmes sensibles soient prévenues : le premier film québécois de l'année ne donne pas dans la dentelle. Ce récit d'un père (Claude Legault) démoli par la mort sauvage de sa fillette et qui décide de faire payer son crime au coupable (Martin Dubreuil) est particulièrement éprouvant. Pendant près de deux heures, Podz convie le spectateur à un voyage en apnée au bout de la vengeance.
Les sept jours du talion n'est pas sans faire penser à Funny Games, récit déstabilisant de deux jeunes qui s'amusent à faire souffrir un couple et son enfant choisis au hasard. Podz se distingue de Michael Haneke par sa réflexion sur la vengeance (et non sur la violence à l'état pur), celle qui pousse en l'occurrence un père sans histoire, chirurgien de Drummondville marié à une artiste (Fanny Mallette), à monter un plan en solitaire afin de kidnapper le coupable pour lui faire subir ensuite les pires atrocités, dans un chalet au fond des bois.
Le père transformé en bourreau s'acharnera sur le pédophile, nu comme un ver, pieds et poings liés, sans jamais lui adresser la parole - façon pour lui de le déshumaniser afin d'accomplir jusqu'au bout sa tâche morbide. Coup de masse dans un genou (en comparaison, celui asséné par Kathy Bates à James Caan dans Misery était une pichenotte...), flagellation avec une chaîne, opération sous l'effet du curare, Bruno Hamel ne se privera de rien pour assouvir sa soif de vengeance, convaincu d'avoir une dette envers sa fille.
Un policier, Hervé Mercure (Rémy Girard), cherche à retrouver Hamel avant qu'il ne se rende jusqu'au bout de sa folie. Ce personnage miroir s'avère d'une importance capitale dans le récit. Veuf depuis la mort tragique de sa femme, tuée dans des circonstances dramatiques, cet enquêteur n'a jamais pu s'en remettre. Ses angoisses (et aussi un supposé désir de vengeance jamais assouvi) font écho à celles d'un homme qui, lui, a décidé de passer à l'acte.
La mise en scène de Podz ne cède jamais à la facilité. Une sobriété de bon aloi habille le film. Aucune musique, de longs plans silencieux (particulièrement en première partie), une photographie qui renvoie à l'état d'âme des personnages.
Les sept jours du talion est un film dur, peut-être l'un des plus durs du cinéma québécois (avec Mourir à tue-tête), mais ô combien nécessaire pour nourrir la réflexion, trop souvent à courte vue, sur la peine de mort, voire les châtiments corporels réclamés pour les coupables de crimes abjects. La célèbre loi du talion dont «la nature même, selon Gandhi, a pour effet de développer la perversité».
À sa façon, le film de Podz fait aussi penser à La dernière marche, de Tim Robbins, par sa façon redoutable de confronter le spectateur à la mise à mort d'un meurtrier comme moyen de redonner la quiétude aux proches de ses victimes. En cela, les derniers moments du film sont éloquents, avec le père qui renvoie le spectateur à ses propres doutes et interrogations. Ceux qui cherchent des réponses à leurs questions existentielles resteront sur leur faim. Pour la simple raison qu'il n'en existe pas.
Un film qui choque et bouleverse, sans jamais chercher à ménager les susceptibilités.
Au générique
Cote : *** 1/2
Titre : Les sept jours du talion
Genre : drame
Réalisateur : Daniel «Podz» Grou
Acteurs : Claude Legault, Martin Dubreuil, Rémy Girard, Fanny Mallette, Rose-Marie Coallier, Pascale Delhaes, Dominique Quesnel et Alexandre Goyette
Classement : 16 ans (violence, horreur)
Durée : 1h50
On aime : le jeu sensible des acteurs, la mise en scène sobre mais efficace, la réflexion en filigrane sur la vengeance comme moyen de retrouver la paix d'esprit, les derniers dialogues du film
On n'aime pas : ?