La Presse
Les sept jours du talion, premier long métrage de Podz (alias Daniel Grou), d’après le roman de Patrick Senécal qu’il a lui-même adapté pour le cinéma, est un thriller brillant, puissant, aussi dur que subtil. Une oeuvre d’une violence inouïe, physique comme psychologique, parfois insoutenable, qui ne fait pas dans la provocation gratuite et pousse à la réflexion sur les spirales de la violence.
Le film s’intéresse aux séquelles du plus horrible des crimes. Une enfant de 8 ans est enlevée, violée puis assassinée dans un quartier cossu de Drummondville. L’assassin présumé, Anthony Lemaire (Martin Dubreuil), est arrêté. On le voit, à la télévision, menotté, le regard défiant. Le père de la fillette, Bruno Hamel (Claude Legault), chirurgien, décide d’enlever le meurtrier et de le torturer pendant sept jours, avant de le tuer et de se rendre à la police.
C’est l’histoire d’un père, aveuglé par son désir de vengeance, qui perd progressivement la tête. Celle d’un couple, sous le choc, qui part à la dérive. C’est aussi une formidable manipulation du spectateur. Cinéaste et scénariste puisent dans les bas instincts de vengeance qui nous habitent pour nous faire douter de nos idéaux.
Oeil pour oeil, dent pour dent. Faut-il que le meurtrier souffre le même sort pour que la victime soit vengée? «Je lui dois ça», dit Bruno Hamel à sa femme (Fanny Mallette, impeccable), à propos de sa fille, pour tenter de justifier ses actes. Bientôt, il ne sait plus s’il a raison. Nous non plus.
Le traitement n’est pas le moindrement manichéen. Tout le contraire. Le spectateur est plongé dans une zone grise entre le bien et le mal, aux prises avec de constants déchirements éthiques, au gré d’une fascinante joute psychologique entre la victime et son bourreau.
À ce duel d’anthologie – Legault et Dubreuil sont d’une justesse irréprochable dans des rôles chargés d’émotion – s’ajoute le personnage torturé de l’enquêteur Hervé Mercure (Rémy Girard, au sommet de sa forme), dont la femme a elle été assassinée six mois plus tôt.
Podz a un style unique, immédiatement reconnaissable. Le réalisateur impose sa signature soignée au cinéma (traitement de l’image glacial, esthétique grise, tons neutres), jamais au détriment du récit. La réalisation est d’une admirable sobriété, tout en subtilité, sans trame musicale, avec très peu d’éclairages et beaucoup de silences.
Les sept jours du talion est marqué d’un réalisme sans affect qui rend sa violence, sordide, d’autant plus insupportable. Ce film, à l’évidence, n’est pas fait pour tous les publics. C’est pourtant une oeuvre universelle, profondément humaine. Le film québécois le plus abouti, le plus maîtrisé, depuis Polytechnique. Un film sur la mort, que l’on ne peut sublimer par les actes. La mort qui hante ceux qui refusent de lâcher prise.
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LES SEPT JOURS DU TALION
Drame de Podz Avec Claude Legault, Rémy Girard, Martin Dubreuil. 110 minutes
Un médecin kidnappe le violeur assassin de sa fillette pour le torturer, le tuer et ainsi venger sa fille.
Un thriller brillant, puissant, aussi dur que subtil.