Le jeudi 4 février 2010
Le ruban blanc : les racines du mal
La Presse
Lauréat de la Palme d’or du Festival de Cannes l’an dernier, le plus récent film de Michael Haneke s’inscrit parfaitement dans la démarche d’un cinéaste qui, depuis toujours, s’intéresse aux recoins les plus sombres de l’âme humaine.
Le réalisateur autrichien, à qui l’on doit notamment La pianiste et Caché, a toutefois délaissé l’approche plus provocante de ses films précédents pour offrir cette fois une chronique empreinte d’austérité. Le propos du Ruban blanc est d’autant plus puissant et ravageur que l’auteur cinéaste l’enrobe d’un voile doucereux – presque serein – sous lequel on devine les pires turpitudes. Accents bergmaniens en prime.
Le petit village du nord de l’Allemagne dans lequel est campé le récit sert ainsi de cadre à une mise en abyme subtile. Un an avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, des accidents étranges surviennent au sein de cette petite société très refermée sur elle-même, où les notables font figure d’autorité.
À travers la narration du jeune instituteur du village – maintenant devenu vieux –, Haneke sonde l’âme des villageois et démonte les mécanismes menant à une contamination collective.
Dans ce monde où l’on souscrit à des valeurs très puritaines, tout se déroule ainsi derrière des portes closes. Grâce à une mise en scène précise et rigoureuse, grâce aussi à des plans
admirablement composés, Haneke évoque une histoire d’une violence psychologique inouïe, où les enfants, en particulier, deviennent les instruments d’un engrenage implacable.
Certains d’entre eux étant forcés d’arborer un ruban blanc après avoir «péché», histoire de rappeler à leur esprit les vertus de l’innocence et de la pureté, ces enfants seront progressivement soumis à des épreuves les éloignant de leur propre humanité.
Selon Haneke, il ne faudrait pas voir en ce Ruban blanc une métaphore du fascisme. Un frisson d’horreur nous parcourt néanmoins l’échine en voyant ces enfants issus d’une génération qui – on le sait – embrassera la doctrine nazie 20 ans plus tard. Cela dit, l’auteur cinéaste ratisse plus large en évoquant tous les extrémismes, peu importe leur nature.
Fidèle à son habitude, Haneke n’offre pas de réponses et préfère laisser le spectateur en suspens. Son film, troublant, nous habite encore longtemps après la projection.
Rappelons que Le ruban blanc est en lice dans deux catégories aux Oscars: meilleur film en langue étrangère, et meilleure direction photo. Cette dernière citation est aussi grandement méritée. Les images en noir et blanc que signe Christian Berger virent en effet au sublime. Le premier grand film incontournable de l’année.
Das Weisse Band prend l’affiche en version originale allemande avec sous-titres (français ou anglais selon la salle).
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LE RUBAN BLANC
Chronique sociale réalisée par Michael Haneke. Avec Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch, Ulrich Tukur. 2h24.
Des accidents étranges surviennent dans un petit village protestant d’Allemagne du Nord, tout juste avant la Première Guerre mondiale.
Une mise en abyme subtile aux accents bergmaniens. Puissant et ravageur.