Le jeudi 4 février 2010
From Paris with Love : bons baisers de la banlieue
La Presse
Un film d’action à l’américaine fait par un cinéaste français. Non, plutôt un film français joué par des Américains. À vrai dire, l’étiquette la plus adéquate à coller à From Paris with Love serait la suivante: «made in France par Luc Besson». Ce qui en dit long sur ce festival de l’adrénaline dans lequel John Travolta se transforme en motard au crâne rasé qui applique des méthodes non-orthodoxes pour nettoyer Paris de ses pommes pourries.
La maison de production de Besson a confié au réalisateur Pierre Morel (Taken, Banlieue 13), le viril mandat de donner vie à un scénario dont la pierre angulaire est la rencontre comico-improbable entre Wax, agent secret aux gros bras (Travolta) et Reece (Jonathan Rhys Meyers), insider des Forces spéciales, assistant perso de l’ambassadeur des États-Unis à Paris, et surtout, apprenti agent secret.
Un bon garçon ambitieux, polyglotte, doué pour les échecs, un peu naïf et surtout aveuglément épris du «pétard» qui partage son lit (Kasia Smutniak). Étrangement, Reece n’a qu’une vague idée des occupations diurnes de sa sulfureuse fiancée. Ce qui n’augure jamais rien de bon, dans un film d’espions...
Aux côtés de son mentor, Reece fera ses classes en maculant sa chemise de bon garçon du sang de ses victimes et en visitant les recoins de la ville Lumière en serrant sur son coeur une urne remplie de cocaïne. La première escale de ce joyeux carnage est un restaurant bouiboui chinois où Wax fait de la bouillie pour les chats avec ses victimes aux yeux bridé. Une boucherie qui finit en tempête de poudre blanche que Wax provoque avec ce qu’il lui reste de munitions.
Ce sanguinaire gueuleton n’est en fait qu’un apéritif en prévision du plat de résistance pour ces deux justiciers en cavale: décimer une cellule terroriste logée dans les bas-fonds de la banlieue parisienne. Une bonne excuse, en fait, pour aligner les clichés culturels. Travolta alias Wax ne fait qu’une bouchée des bandes de Nord Africains qui rôdent dans les souterrains de Paris, expliquant à son acolyte que ce sont des gamins, en comparaison avec les latinos de L.A.. Quant aux autres nuisances, Pakistanais barbus aux croyances fanatiques, petites racailles et autres ennemis de la liberté, ils seront réduits en purée par ces deux anti James Bond.
Pierre Morel s’est approprié le style du réalisateur du Professionnel, orchestrant à une cadence bionique des scènes de combats à mains nus, des poursuites automobiles et un humour d’ado attardé.
Ça pète, ça saigne, ça pétarade. Et entre deux coups de feu, on se lance des petites blagues légères et même un ou deux clins d’oeil à Tarantino (Travolta se paie un «Royal with Cheese») Beaucoup de bruit, de cervelles éclatées et de plans sur les prouesses d’un Travolta plus burlesque que menaçant ne font pas pardonner un scénario anémique. Si bien que le souvenir de ces deux Américains à Paris s’envole avant fin du générique.