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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
À bien des égards, cette Affaire Farewell, du français Christian Carion, fiction historique et didactique inspirée de faits documentés (et d’un roman de Sergeil Kostine) et mettant en scène des personnages perdus dans un système dysfonctionnel et corrompu, rappelle le cinéma politique de Costa-Gavras (on pense à Z et à État de siège), ou encore à All the President’s Men, de Alan J.Pakula, The Conversation, de Coppola, ou d’autres films engagés des années 70. L’Affaire Farewell est tout sauf un film cool et branché.
Nous sommes au pays des Soviets, à l’aube des années 80, peu avant la perestroïka. Emir Kusturica, cinéaste chouchou des cinéphiles, y incarne un certain Grigoriev, militant actif, mais secret, en faveur de la libération de son pays, espion et délateur, mégalo sur les bords qui, mine de rien, compile des documents compromettants lesquels, au bout du compte, mettront un terme à la guerre froide et obligeront les États-Unis à expliquer ses mystérieux et inquiétants projets de boucliers satellites armés ou «star war».
Un jeune Français (Guillaume Canet), momentanément installé à Moscou avec sa femme et ses enfants, se trouve, plus ou moins malgré lui, en acceptant de récupérer et livrer des dossiers top secret, impliqué dans un épouvantable imbroglio politique qui dépasse sa compréhension. Et la nôtre.
Il est question dans ces documents de la fameuse «guerre des étoiles», improbable projet cautionné par le président de l’époque, Reagan (ici interprété par Fred Ward.)
Une leçon de politique
Didactique, disons-nous, très complexe qui en sait peu de cette époque étrange, à savoir la fin de cette guerre froide, le lent démantèlement du régime communiste, L’affaire Farewell est à la fois une leçon de politique, une réflexion sociologique presque documentaire et, par miracle et tout bonnement, une fable sur l’honneur, la fidélité et la trahison, le cinéaste français accordant une attention particulière aux aléas ordinaires de ses protagonistes, à leur vie de famille et leurs malentendus conjugaux.
Il y a beaucoup d’humour et d’humanité dans les textes de L’affaire Farewell, on en oublie ses aspects purement pédagogiques, la leçon d’histoire, le petit pamphlet camouflé.
Tous les acteurs sont compétents (Kusturica en premier) et bien dirigés par un metteur en scène visiblement soucieux du jeu de ses acteurs, les dialogues sont justes et la musique, efficace et minimaliste de Clint Mansell (Requiem for a Dream) aux accents russes ajoute à l’exotisme et au climat de paranoïa des ultimes années d’un régime de terreur et de cette sinistre guerre froide. Un très beau film, sobre, intelligent, profond, qui en dit long sur un moment important de l’histoire.
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L’affaire Farewell
Drame de Christian Carion Avec Emir Kusturica, Guillaume Canet, Alexandra Maria Lara. 113 minutes
Fiction documentaire sur les mystères de ce qui aura mis un terme à la Guerre froide dans les années 80.
Admirable mise en scène d’un scénario extrêmement complexe qui aurait pu être rébarbatif sans le talent et l’honnêteté de l’auteur.