Le jeudi 3 décembre 2009
Pour toujours les Canadiens : dur dans les coins...
Pour toujours les Canadiens
La Presse
Il existe probablement un gros malentendu à propos de ce premier long métrage de Sylvain Archambault. Malgré tout le battage publicitaire ayant entouré sa fabrication, et en dépit du soutien de l’organisation sportive centenaire, Pour toujours les Canadiens n’est pas un film de hockey. Ni un drame sportif, à vrai dire. Il s’agit plutôt d’un «conte de Noël». Voilà le message lancé au bon peuple par les artisans du film depuis quelques semaines.
La soirée de première ayant déjà suscité sa bonne part de commentaires (certains favorables, d’autres moins), peut-être tente-t-on maintenant de rectifier le tir à cet égard. N’empêche que le réalisateur évoquait déjà un «Walt Disney sportif» au moment du tournage de son film. Dont acte.
Il est clair que Pour toujours les Canadiens est d’abord destiné à un très jeune public. Cette façon quasi pédagogique de raconter l’histoire de l’équipe, sans parler du ton utilisé dans la partie plus «documentaire», est entièrement conçue sur un modèle scolaire.
Le récit fictionnel accumule de son côté les clichés les plus éculés, tout en inventant une réalité qui, dans le contexte actuel, relève d’une suprême ironie (presque tous les joueurs vus à l’écran sont partis). Mélangez le tout et vous obtenez un produit bancal, lequel aura du mal à rassasier les sportifs de salon qu’espère attirer dans sa cage le «pusher» d’ailes de poulets qui commandite cette opération corporatiste.
Il est entendu que l’idée d’un film soulignant le 100e anniversaire de l’une des franchises sportives les plus prestigieuses d’Amérique du Nord est tout à fait légitime. D’autant plus que l’histoire des Canadiens se révèle très riche, tant au chapitre des exploits que de l’espace qu’elle occupe dans notre imaginaire collectif. Mais tout est dans la manière.
Or, le scénariste Jacques Savoie et le réalisateur Sylvain Archambault, tandem dont le travail fut admirable dans la série Les Lavigueur – la vraie histoire, ont fait le pari – audacieux – d’emprunter l’approche du docudrame. Ce choix force ainsi les artisans à intégrer maladroitement des pans d’histoire dans leur récit. Les deux genres ne s’arriment jamais véritablement l’un à l’autre.
On tente également d’épingler trop de sujets à la fois. Un ado, joueur de hockey en crise (Dhanaé Audet-Beaulieu). Son père (Christian Bégin), documentariste, travaille sur un film relatant l’histoire des Canadiens. Sa mère (Céline Bonnier), infirmière à Sainte-Justine, se prend notamment d’affection pour un petit malade en attente d’une greffe de rein (Antoine L’Écuyer).
L’ado se lie d’amitié avec le garçon et partage avec lui sa passion du hockey. Il y aura rencontre avec les joueurs du Canadien; la soirée au Centre Bell; la compréhension du conducteur de la Zamboni, philosophe à ses heures (Jean Lapointe). Et tant d’autres choses encore. Le «gars des vues» a particulièrement été occupé.
Quand l’équipe se retrouve de surcroît en finale de la Coupe Stanley pour terminer en beauté toute disnéenne la saison du 100e, on pousse évidemment la «puck» un peu trop loin. Archambault n’hésite pas non plus à renchérir à la faveur d’une partition musicale pompeuse et dégoulinante (Michel Corriveau), laquelle souligne à gros traits chacune des émotions que le spectateur est censé ressentir.
Les acteurs font ce qu’ils peuvent (le petit L’Écuyer est toujours très juste), mais l’histoire est construite de façon trop alambiquée pour en tirer le moindre accent de vérité.
Un bon documentaire aurait tellement mieux fait l’affaire.
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POUR TOUJOURS LES CANADIENS
Docudrame sportif réalisé par Sylvain Archambault. Avec Dhanaé Audet-Beaulieu, Antoine L’Écuyer, Christian Bégin, Céline Bonnier. 1h34.
Un adolescent en crise et un garçon malade se lient d’amitié et partagent leur passion pour le hockey.
Un produit bancal dans lequel on tente d’épingler trop de choses à la fois.