La Presse
Certains romans, à l’évidence, ne devraient pas être adaptés au cinéma. The Road, long métrage attendu de John Hillcoat, tiré du livre de Cormac McCarthy, n’est pas un mauvais film. Ce n’est pas non plus un très bon film. Oeuvre moyenne se fondant dans un magma d’oeuvres moyennes.
Fallait-il faire ce film? On se demande si John Hillcoat (The Proposition) s’est posé la question. Car du moment où le cinéaste australien a entrepris de raconter platement «l’histoire» de The Road, il est passé à côté du roman, de son écriture, de sa philosophie, de son essence.
Son film souffre d’autant plus de la comparaison que le livre qui l’a inspiré est transcendant. The Road est l’un des grands romans américains de la décennie. Un livre dur, sombre, magistral, sur l’Homme (et son fils) dans ses derniers retranchements. La déception était inévitable.
On peut dire de certains livres qu’ils sont «cinématographiques». The Road, roman d’épure, linéaire, volontairement répétitif, n’est pas de ceux-là. Un père et son fils se battent pour leur survie dans un monde post-apocalyptique. Début et fin du synopsis.
On ne pourra accuser John Hillcoat d’avoir trahi à l’écran le climat hostile, noir de cendres, décrit par Cormac McCarthy. Son film est parfaitement fidèle à l’univers glauque et sans espoir du roman. Sa réalisation est sobre, sans affect, mais aussi banale et sans originalité. Ceux qui ont lu le roman auront l’impression d’un résumé en images de près de deux heures. Ni plus, ni moins.
Or, il ne suffit pas d’être fidèle à un univers littéraire pour être fidèle à une oeuvre littéraire. L’écriture dépouillée, saccadée, minimaliste du roman, au service d’un arc dramatique sans grands rebondissements, se traduit mal au grand écran.
Où le film de John Hillcoat rend le moins justice au roman de Cormac McCarthy, c’est dans sa musique. Pas dans celle, métaphorique, de sa réalisation, mais dans les notes noires, bien concrètes, de sa bande sonore. Le travail d’esthète du romancier commandait une musique sourde, inquiète, aérienne. Celle composée par Nick Cave et son collaborateur des Bad Seeds, Warren Ellis, en constante rupture de ton avec le récit, tend trop souvent vers le sentimentalisme.
Viggo Mortensen, en père désemparé tentant de convaincre son fils qu’ils sont toujours «du côté des bons», est très juste, comme toujours. On ne peut malheureusement en dire autant du jeune Kodi Smit-McPhee, que le scénario de Joe Penhall a tenté de rendre plus attachant que dans le roman. Aussi, la présence au générique de Charlize Theron, dans un rôle de mère pratiquement absent du récit de Cormac McCarthy, semble plaquée.
Prisonnier du roman, John Hillcoat a fait le choix d’une certaine forme de fidélité, au détriment d’une originalité dans le traitement. En résulte un film correct mais plat, sans l’ombre de la grâce du roman. Existe-t-il des romans inadaptables au cinéma? Peut-on excuser à un film mineur de s’inspirer d’une oeuvre majeure? À chacun sa réponse.
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THE ROAD
Drame de John Hillcoat, d’après le roman de Cormac McCarthy. Avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee et Charlize Theron.
Un père et son fils se battent pour leur survie dans un monde post-apocalyptique.
L’adaptation correcte (sans plus) d’un chef-d’oeuvre littéraire.