La Presse
On dit souvent que les Anglais sont les grands spécialistes du drame social. Avec ce nouveau film, Welcome, le cinéaste français Philippe Lioret emprunte une approche que ne renieraient certainement pas Ken Loach, ni Mike Leigh.
À travers une oeuvre de fiction, le réalisateur de Je vais bien, ne t’en fais pas s’attarde en effet à dépeindre, sur un flanc plus intime, le sort des immigrants clandestins.
En fait, Lioret s’intéresse plus particulièrement à l’un d’entre eux, un jeune Kurde prénommé Bilal. Il fait partie de ceux qu’on nomme les sans-papiers, bloqués à Calais («la frontière mexicaine de la France»), à quelques kilomètres à peine de leur destination rêvée, l’Angleterre. C’est à ce pays, où vit sa fiancée avec sa famille, que rêve Bilal aussi. C’est là qu’il compte se rendre coûte que coûte pour aller rejoindre celle qu’il aime, ayant déjà bravé mille dangers pour aboutir là où il est. Seule solution : traverser la Manche à la nage.
Pour concrétiser son projet insensé, le jeune homme tente de s’entraîner discrètement à la piscine municipale. Simon, le maître-nageur, le remarque. S’intéressera au sort du jeune homme par intérêt. En instance de divorce, cet ancien champion de natation compte ainsi se racheter auprès de sa femme en affichant des qualités plus humanistes.
Là se situe d’ailleurs la belle astuce d’un scénario parfaitement exempt de didactisme ou de complaisance. Plutôt que de faire de cet homme une figure héroïque et militante, Lioret propose le portrait d’un «monsieur tout-le-monde» doté d’aspects plus bourrus, d’abord mu par ses petites velléités personnelles.
À vrai dire, Simon traverse sa crise de mi-quarantaine. Prenant le jeune homme sous son aile, d’abord pour impressionner celle qu’il voudrait retenir, l’homme trouve ainsi en ce clandestin un effet miroir moins déformant qu’il ne l’aurait cru au départ.
Welcome aborde ainsi un problème épineux en France et en Europe (convergence d’esprit avec l’Eden à l’ouest de Costa-Gavras). Il porte aussi en son centre le parcours d’un homme face à sa maturité. Vincent Lindon est d’ailleurs magnifique. L’acteur propose une composition confondante de subtilité, évoquant avec une grande économie de moyens les fêlures d’un homme en pleine remise en question. Face à lui, le jeune Firat Ayverdi est une révélation.
Se tenant au plus de ses acteurs, Lioret orchestre une mise en scène empreinte de sobriété, laquelle fait d’autant mieux écho au caractère intime de cette histoire à dimension universelle. Magnifique. Vraiment.
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WELCOME
Drame réalisé par Philippe Lioret. Avec Vincent Lindon, Firat Ayverdi, Audrey Dana. 1h49.
Réfugié illégalement en France, un jeune Kurde voulant rejoindre sa fiancée en Angleterre demande à un ancien champion de natation de l’entraîner à la nage.
Sans didactisme ni complaisance, un beau film sur l’immigration clandestine.